Voici donc revenir, sur l'épineuse voie menant aux splendeurs du Sérail, un Saad Hariri nouveau, qui se veut le même et cependant différent. Un Hariri toujours fidèle en effet à l'idée d'un cabinet d'union nationale mais n'écartant pas pour autant le recours à quelque formule de rechange. Un Hariri tendant la main à toutes les parties mais bien résolu à défendre ses prérogatives constitutionnelles et promettant publiquement de payer de retour quiconque s'aviserait de lui chercher noise. En un mot, un Hariri échaudé par les dix semaines passées à tourner en rond et jurant qu'on ne l'y reprendrait plus.
Tout cela fait-il nécessairement un Hariri mieux parti pour le marathon gouvernemental ? Oui, s'il est clair qu'une réédition du désistement auquel s'était résigné la semaine dernière le Premier ministre désigné est absolument impensable car sa carrière politique ne s'en remettrait sans doute pas. Oui encore, si l'on considère que même s'il est disposé à laisser le temps au temps, le chef du Courant du futur ne peut que se rabattre à la longue sur une équipe homogène, éventuellement de technocrates. Et non, à en juger par la détermination elle aussi décuplée de l'opposition, à faire prévaloir ses exigences.
Face à cette montée des enchères, qui n'a même pas attendu le deuxième cycle de consultations parlementaires entamé hier par le président de la République, les velléités de navigation en solo du président de l'Assemblée n'auront duré d'ailleurs que l'espace d'un matin. Prestement rappelé à l'ordre, le bloc de Nabih Berry a trouvé en effet dans les dernières déclarations de Hariri une occasion idéale de réintégrer le rang sans trop de dommages. Et c'est à l'unanimité - retrouvée - que l'opposition s'est gardée de cautionner le retour en lice de Hariri, mettant en garde par ailleurs contre les graves conséquences qu'aurait toute issue autre qu'un gouvernement d'unité obéissant à la fameuse équation 15-10-5, en matière de répartition des portefeuilles.
Reste à espérer, dès lors, que cette dure partie de bras de fer, agrémentée d'échanges de propos acerbes, ne va pas dégénérer, comme dans un proche passé, en pugilat. Entre-temps, c'est à la grâce du gouvernement démissionnaire, chargé d'expédier les affaires courantes, que demeurent vouées les destinées du pays. Au prix d'un gros effort de bonne volonté, et en oubliant pour le moment coupures endémiques de courant électrique, autoroutes inondées par les premières averses en passant, persistants hoquets de la téléphonie mobile et autres désagréments, on pourrait bien sûr se consoler à l'idée que pour le moins, nos misères quotidiennes continuent, vaille que vaille, d'être gérées. Mais de conjurer la violence est-il donc devenu l'ambition suprême du citoyen libanais ; et à force d'agiter le spectre du chaos pour imposer ses vues loin de toute orthodoxie institutionnelle, n'est-ce pas à la roue du chaos que pousse précisément l'opposition ?
Car il y a bien plus important que les affaires courantes, et ce sont les affaires pressantes, urgentes, telles l'énorme dette nationale, les réformes structurelles exigées par les pays donateurs, l'adoption du budget, les nominations de hauts fonctionnaires et la tension croissante à la frontière sud. Oui elles courent bien plus vite, toutes ces affaires, que ne semblent s'en douter seulement les tristes, les irresponsables vedettes de la crise.
Issa GORAIEB
Tout cela fait-il nécessairement un Hariri mieux parti pour le marathon gouvernemental ?...


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