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Valse à deux temps

On le voyait venir, ce désistement dont on ne sait trop encore s'il faut s'en féliciter ou en appréhender les conséquences.

En déclarant forfait jeudi, après 73 jours de vaines et épuisantes tentatives de mettre sur pied un cabinet d'unité nationale, Saad Hariri a certes raté sa première valse dans ce bal des débutantes qui précède toute entrée dans les splendeurs du Sérail. Son prestige personnel n'en a pas trop souffert cependant. Car non seulement il n'était absolument pas question pour lui de se mettre à quatre pattes pour danser, comme prétendait l'y acculer une bien insolente opposition ; mais par sa détermination à défendre les attributions et prérogatives de sa charge, par son refus de faire du Sérail (et par la même occasion du palais présidentiel de Baabda) une vulgaire boîte à lettres accueillant les intarissables diktats de la même opposition, il s'est gagné le soutien massif de ses pairs sunnites dont plus d'un pourtant n'eût été que trop heureux sans doute de prendre le relais.

Quant à la suite des évènements, les options les plus diverses sont désormais ouvertes. La majorité désignera-t-elle une nouvelle fois ainsi son champion, lors des consultations parlementaires auxquelles procédera la semaine prochaine le chef de l'État ? Hariri préférera-t-il envoyer au front quelque lieutenant ayant déjà passé son baptême du feu et donc rompu à toutes les roueries du jeu politique ? Et si lui-même est partant pour un nouveau marathon, lui faudra-t-il recommencer à zéro ? Retiendra-t-il les rares et laborieux points d'entente réalisés à ce jour, lui qui estimait dans son dernier discours qu'un gouvernement d'entente est un véritable impératif national ? En viendra-t-il à la longue une formule moins conciliante, du moment que la majorité demeure majorité, comme il l'assénait dans le même discours ? Se rabattra-t-il plutôt sur une équipe de technocrates sans coloration politique prononcée ?

Que le désistement de Saad Hariri ait toutes les apparences d'un saut dans l'inconnu, c'est bien vrai. Mais ce serait la plus effrontée des escroqueries que de faire assumer d'emblée au Premier ministre désigné, comme le fait l'opposition, la responsabilité de dramatiques évènements à venir. Car il n'est que trop connu, en revanche, le malin processus qui vient d'être coupé net, ou pour le moins gelé. Et c'est déjà cela de gagné sur la malédiction qui poursuit notre pays, où culture politique et traditions démocratiques sont battues en brèche par la mégalomanie des uns et la soif de domination sectaire des autres, auxquelles s'ajoutent les flagrantes ingérences étrangères.

La crise actuelle n'est que la suite logique d'un assaut programmé, méthodique, lancé depuis quelques années déjà contre le système politique libanais, sous couvert de participation ou de démocratie consensuelle, et l'entrée en activité du Tribunal spécial pour le Liban n'a fait qu'emballer la machine. La raison se refuse à le constater, mais c'est seulement un Saad Hariri acceptant de passer l'éponge, de donner des gages de solidarité et d'impunité face à la justice internationale qui sera admis à gouverner. Il en va de même pour une majorité sommée de jeter aux orties sa nette victoire électorale de juin dernier et de se dessaisir des ministères sensibles au profit de la concurrence.

Elle avait grandement besoin d'un répit pour souffler, la raison. C'est précisément ce qui vient de lui être accordé.

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb
On le voyait venir, ce désistement dont on ne sait trop encore s'il faut s'en féliciter ou en appréhender les conséquences.En déclarant forfait jeudi, après 73 jours de vaines et épuisantes tentatives de mettre sur pied un cabinet d'unité nationale, Saad Hariri a certes raté sa première valse dans ce bal des débutantes qui précède toute entrée dans les splendeurs du Sérail. Son prestige personnel n'en a pas trop souffert cependant. Car non seulement il n'était absolument pas question pour lui de se mettre à quatre pattes pour danser, comme prétendait l'y acculer une bien insolente opposition ; mais par sa détermination à défendre les attributions et prérogatives de sa charge, par...