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Bouchons

C'est un pavé de belle taille qu'a lancé lundi Saad Hariri dans les eaux stagnantes de la mare ministérielle. En présentant pour approbation au chef de l'État un projet de gouvernement clés en main, le Premier ministre désigné a, comme il fallait s'y attendre, suscité une tempête de protestations dans les rangs d'une opposition depuis longtemps rebelle à la Constitution et soudain bien tatillonne en matière d'orthodoxie procédurale. Mais surtout, Hariri a paru refiler la patate brûlante à un Michel Sleiman dont il sait fort bien, pourtant, qu'il ne cautionnera d'autre formule que celle qui ferait une bien hypothétique unanimité.

À la décharge du jeune chef de la majorité parlementaire, on retiendra ces 72 jours passés en vaines tractations depuis que le Parlement l'avait choisi pour former le nouveau gouvernement : morne et épuisant marathon qui, s'il devait se perpétuer, n'aurait pas manqué d'entamer sérieusement son crédit.

On notera de même qu'il faut une sacrée dose de mauvaise volonté pour ne voir dans le projet Hariri qu'un inacceptable déni des justes revendications de la minorité. Car la répartition des portefeuilles au sein de cet embryon de cabinet d'unité nationale de 30 membres est absolument conforme aux quotas antérieurement (et laborieusement !) convenus : 15 à cette majorité interdite, sous la menace armée, d'exercer ses prérogatives de majorité librement élue ; 10 à une minorité qui se croit, en revanche, investie de tous les droits ; et 5 au président de la République : et encore, deux de ceux-ci étant préalablement agréés, sinon détachés par les blocs antagonistes, ce qui équivaut à réinstituer, par la bande, l'hérésie du tiers de blocage. Enfin, et si l'attribution des ministères au vu des compétences n'y est pas toujours des plus heureuses, si même des parties membres du 14 Mars ne sont guère satisfaites de leur tranche de gâteau, on reconnaîtra tout de même à ce projet le mérite de faire la place belle aux femmes, quatre de celles-ci se voyant en effet pressenties.

C'est dire qu'en théorie du moins, la liste Hariri pouvait très bien être considérée comme un brouillon, un document de travail soumis à la discussion et se prêtant éventuellement aux retouches, grâce aux efforts de conciliation du président Sleiman. Mais a-t-on seulement fait mine de vouloir discuter ? En rejetant, dans le fond comme dans la forme, la démarche du Premier ministre désigné, ne cherchait-on pas plutôt à acculer celui-ci à se récuser, comme il semblait d'ailleurs s'y être résigné hier ?

Que la personne même de Saad Hariri soit en question, c'est certain. Il est clair en effet que la Syrie ne permettra au fils de l'ancien Premier ministre assassiné de gouverner que s'il lui fournit au préalable des gages d'amitié, pour ne pas dire d'oubli d'un bien douloureux passé : cela sans attendre, bien entendu, les conclusions de l'enquête internationale sur les crimes terroristes commis contre le Liban. Mais il n'y va pas cependant du seul Hariri fils, puisque la crise actuelle n'est en réalité que la dernière phase en date d'un programme vieux de plusieurs années déjà, soutenu au besoin par la force des armes et visant rien moins qu'à modifier de fond en comble le système politique libanais après qu'on se fut ingénié à le paralyser, tout cela sous couvert de démocratie consensuelle.

Que l'opposition tout entière ait fait siennes les plus excentriques des exigences avancées par le Courant patriotique libre en dit long sur la question. Il serait bien à plaindre en vérité, notre beau Liban, si son salut, sa tranquillité et son bien-être devaient effectivement tenir au repêchage d'un gendre indésirable...

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb
C'est un pavé de belle taille qu'a lancé lundi Saad Hariri dans les eaux stagnantes de la mare ministérielle. En présentant pour approbation au chef de l'État un projet de gouvernement clés en main, le Premier ministre désigné a, comme il fallait s'y attendre, suscité une tempête de protestations dans les rangs d'une opposition depuis longtemps rebelle à la Constitution et soudain bien tatillonne en matière d'orthodoxie procédurale. Mais surtout, Hariri a paru refiler la patate brûlante à un Michel Sleiman dont il sait fort bien, pourtant, qu'il ne cautionnera d'autre formule que celle qui ferait une bien hypothétique unanimité. À la décharge du jeune chef de la majorité parlementaire, on retiendra ces...