C'est un épisode absolument inédit de la vieille rivalité syro-irakienne que l'on peut observer en ce moment. Attentat des plus meurtriers à Bagdad, accusations de sabotage lancées contre Damas, contre-accusations, rappels d'ambassadeurs, renforts policiers à la frontière et même recours aux enquêteurs de l'ONU, tout cela au lendemain même d'une visite à Damas du Premier ministre irakien Nouri al-Maliki : cet inquiétant tableau n'est pas franchement inédit, c'est vrai. Ce qui est nouveau par contre, c'est qu'il ne s'agit plus cette fois de la guerre des deux Baas qui, depuis les années 1960, alimentait la sanglante chronique des rapports entre ces deux pays.
Car ce parti, théoriquement unioniste arabe et laïc, a connu de si profondes mutations - et cela dans ses deux branches rivales - que ses propres fondateurs ne le reconnaîtraient sans doute pas de nos jours. Laïc, le Baas irakien ne l'est plus trop ; comme on pouvait s'y attendre, ce parti n'est plus qu'une milice clandestine groupant les fidèles - sunnites - du dictateur déchu Saddam Hussein et engagée dans une lutte sans merci avec le gouvernement de Bagdad à dominante chiite.
Unioniste arabe, le Baas syrien ne l'est plus lui aussi, à supposer qu'il l'ait jamais réellement été, préoccupé surtout qu'il était en effet de réaliser son rêve libanais. Quant à la laïcité, si elle fait effectivement barrage au règne des majorités religieuses, elle n'exclut pas les petits accommodements et arrangements avec certains des éléments les plus remuants de l'activisme islamiste : étant bien clair que le produit d'une telle coopération, strictement conjoncturelle bien sûr, est strictement réservé à l'exportation.
Car si les accusations irakiennes contre Damas restent à prouver (les SR syriens parrainant une collaboration terroriste entre saddamistes et extrémistes sunnites proches d'el-Qaëda), l'affaire de Nahr el-Bared, dans le nord du Liban, reste à ce jour une des démonstrations les plus éloquentes de ces sulfureuses amitiés. Traqués, pourchassés un moment en Syrie puis récupérés avec, en prime, une peu crédible évasion de prison de leur chef Chaker Absi, les forcenés de Fateh el-Islam n'ont pas débarqué en effet de la planète Mars pour instaurer un prétendu émirat dans ce misérable camp de réfugiés proche de Tripoli, multiplier les attentats terroristes et livrer, plusieurs mois durant, un dur combat à l'armée régulière libanaise.
Reste à savoir quel effet aura le réquisitoire irakien sur les dernières ouvertures occidentales en direction de Damas. Que s'avèrent fondées les accusations de Bagdad, cela à l'heure où Washington a déjà retiré ses troupes des villes et agglomération irakiennes, en prélude à un départ total, et l'administration Obama ne pourra sans doute que freiner le processus. En attendant, remarquable de candeur (car elle paraît faire l'impasse sur la question terroriste) est la réaction du Quai d'Orsay : comme si l'attentat de Bagdad, dûment condamné pourtant par Paris, n'avait simplement pas eu lieu, Syriens et Irakiens sont seulement invités ainsi à reprendre, au plus vite, le cours normal de leurs relations.
C'est dire que la France de Nicolas Sarkozy, qui fut la toute première à engager le dialogue avec la Syrie, qui s'est réjouie de l'attitude de ce pays à l'égard du Liban, jugée plus conciliante et constructive, s'en tient jusqu'à nouvel ordre à cet idyllique rassurant diagnostic. Reste tout de même à demander au patient libanais ce qu'il en pense, lui. Car si la Syrie a bien accepté de délimiter la frontière, ces bonnes dispositions en sont demeurées là sur le terrain. Si pour la première fois elle a envoyé un ambassadeur à Beyrouth, ce n'est certes pas par la voie diplomatique, mais par la voix de ses alliés locaux qu'elle continue de dicter ses volontés. Le résultat le plus évident en est cette crise ministérielle qui s'éternise. Encore faut-il que l'on se décide à le constater.
Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb
Car ce parti, théoriquement unioniste arabe et laïc, a...


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