Il serait bien grave en effet que le courriel empruntant cette filière transite par Israël, comme s'en effare le ministre. En tout état de cause, rien n'est plus condamnable que le pillage organisé des ressources d'un État complètement désarticulé par la crise politique et croulant déjà sous le fardeau d'une monstrueuse dette publique. Car c'est une privatisation sans le nom qui a fleuri sur les ruines des services publics libanais. Qu'elles aient des prolongements politiques ou qu'elles soient de caractère strictement crapuleux, les mafias ne se comptent plus, qui prospèrent en toute impunité dans les secteurs les plus divers.
À titre d'exemple, un parmi tant d'autres, des milliards ont disparu en fumée dans les turbines invariablement poussives des centrales électriques (ou plutôt) dans les comptes bancaires de responsables ou d'importateurs de fuel ; si bien que, la surcharge aidant, l'honnête citoyen est bien obligé de bénir ces pourvoyeurs privés de courant, âpres au gain certes, mais sans lesquels il vivrait continuellement dans le noir.
Cela dit, et si ses scrupules l'honorent, le ministre Bassil n'est pas très bien placé pour jouer les Fouquier-Tinville devant les caméras de télé. Non point que son intégrité soit, dans cette affaire, mise en question. Ou qu'on doive ressasser sa médiocre performance à la tête des Télécoms, attestée par l'engorgement chronique d'un réseau de téléphonie mobile imprudemment gonflé sans égard pour les disponibilités techniques. Ce n'est pas non plus parce que la question de son retour à ce même département des Télécoms, réclamée à cor et à cri par le plus ardent de ses admirateurs, son beau-père le général Michel Aoun, est en train de retarder indéfiniment la formation du nouveau gouvernement, au grand ennui de la population, que Gebran Bassil ne convainc pas trop.
Ce qui dérange en fait dans cette affaire, c'est que, du seul fait de son appartenance politique, ce ministre que l'on voit si soucieux des deniers de l'État est forcément de ceux qui admettent, approuvent et cautionnent la plus phénoménale arnaque à la téléphonie qu'ait connue le pays : à savoir ce réseau de télécommunications privé, mis en place par le Hezbollah sous couvert de sauvegarde de la résistance face à l'ennemi israélien. Pour s'assurer la pérennité de cette toile d'araignée électronique, le parti a même lancé contre d'autres Libanais, en mai 2007, une armée, elle aussi privée. Et comme si toutes ces incroyables anomalies n'étaient pas encore assez, ce même et outrageusement illégal réseau passe pour abriter des centraux téléphoniques assurant les communications internationales : lesquelles sont ainsi déroutées, détournées de l'opérateur légal. C'est-à-dire de ce même ministère dont le sourcilleux Bassil a, jusqu'à nouvel ordre, la charge...
Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb


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