Dans toute affaire d'évasion il y a quelque chose de furieusement romantique. Qui ne garde en mémoire en effet les aventures et mésaventures d'Edmond Dantès, alias le comte de Monte-Cristo, l'interminable cavale de l'infortuné Dr Kimble dans la série-culte Le Fugitif, ou encore la folle fantasia à moto de Steve Mc Queen dans La Grande Évasion ?
La réalité est bien moins romanesque cependant, et ce sont généralement des personnages peu recommandables, des méchants, qui se font la belle : tel ce terroriste islamiste qui s'est échappé mardi de la prison de Roumieh avec plusieurs de ses camarades aussitôt repris, et que l'on a fini par retrouver sur un arbre perché, dans un bosquet des environs. Comme cela peut arriver dans tous les pays du monde, les évadés bénéficiaient de complicités actives, qui leur ont permis de se procurer notamment des téléphones mobiles et des outils pour scier les barreaux de leurs cellules. Comme cela ne saurait arriver très souvent ailleurs, les responsables de la prison n'ont tenu aucun compte des informations sur les préparatifs en cours, qui pourtant leur avaient été communiquées par les Renseignements militaires.
La raison la plus tristement évidente d'une aussi énorme anomalie (et pour le coup, cela ne peut arriver qu'ici) est qu'au Liban, et tout fonctionnaire ou responsable sécuritaire que l'on puisse être, la loyauté ne va plus à l'État mais au groupe, au parti, au clan. Et tant qu'à évoquer la question carcérale, ne sommes-nous pas au fond un peuple de fugitifs ne trouvant refuge et réconfort que dans ces cellules que sont devenues les communautés politisées à outrance ? Et notre pays lui-même ne semble-t-il pas voué à une cavale sans fin, séquestré, rançonné, et n'échappant par miracle enfin aux griffes de la Syrie que pour se retrouver prisonnier de ses propres contradictions ?
C'est une conjoncture absolument exceptionnelle - un climat international des plus favorables au Liban, venant soutenir une authentique rébellion populaire contre les criminels abus de l'occupant - qui avait donné naissance au printemps de Beyrouth. Mais le mal libanais, cette véritable aubaine pour les manipulateurs d'outre-frontière, aura vite fait de corrompre une récolte abondamment arrosée pourtant du sang des martyrs de la nouvelle indépendance. Réflexes communautaires, instinct de domination, égoïsme effréné des chefs politiques confinant parfois à la mégalomanie pathologique, hérésies constitutionnelles érigées en dogme des temps modernes et, plus grave et attristant que tout, ces allégeances extérieures que l'on n'hésite même plus à afficher : on n'a pas encore compris au Liban que nul parrain étranger ne poussera jamais la bienveillance pour ses ouailles jusqu'à faire passer en second ses propres intérêts. On n'a pas encore compris que pour les séquestrés que l'on s'est acharné à faire de nous, il ne peut exister de geôlier éclairé ; et que le seul garant de ces libertés dont tous se réclament, c'est l'État de droit, c'est la primauté de la loi, non ces dictatures laïques ou théocratiques qui se jouent du Liban et des Libanais.
Délogera-t-on un jour ces sinistres charognards sur un cèdre perchés ?
Issa GORAIEB
La réalité est bien moins romanesque cependant, et ce sont généralement des personnages peu recommandables, des méchants, qui se font la belle : tel ce terroriste islamiste qui s'est échappé mardi de la prison de Roumieh avec plusieurs de ses camarades aussitôt repris, et que l'on a fini par retrouver sur un arbre perché, dans un bosquet des environs. Comme cela...


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