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Excellence pas branchée

On le comprend un peu, allez, ce bon père de famille de général Aoun, qui plaide avec tant d'ardeur pour son gendre, qui bloque obstinément la formation du nouveau gouvernement aussi longtemps que ce dernier n'aura pas été recasé là même où il officie présentement.

 

Le général n'est guère le seul d'ailleurs à nourrir ce genre de sollicitude pour les proches : après tout, nous vivons dans un pays gouverné depuis des temps immémoriaux par des dynasties politiques, par des généalogies se prolongeant, se perpétuant même, de père en fils, alors pourquoi pas en beau-fils ? Et puis, quelle idée de prétendre exclure Gebran Bassil de la course aux maroquins, au ridicule motif que le malheureux a essuyé un magistral vote de rejet aux législatives de juin dernier ! Le personnel politique ne regorge-t-il pas en effet de personnalités de valeur qui n'ont pu intégrer ou réintégrer l'Assemblée ?

 

On comprend de même que Michel Aoun, chef du groupe parlementaire occupant la deuxième place en termes d'effectifs, réclame une tranche conséquente du gâteau gouvernemental. Le problème, c'est qu'on ne le suit plus très bien dans ses comptes. Car c'est hors du quota réservé à l'opposition que cet éminent pilier de la même opposition réclame son dû de ministres chrétiens en se servant pour cela sur la part de cette majorité dont il refuse toujours à reconnaître la victoire électorale. Ou bien alors sur celle de ce président Sleiman à qui il ne pardonne toujours pas de lui avoir ravi le poste. Mieux encore, en exigeant de désigner souverainement ses représentants au sein de l'Exécutif, c'est aux prérogatives constitutionnelles du chef de l'État et du Premier ministre désigné que s'en prend le Courant patriotique libre.


Mais tout cela n'est sans doute que vétilles, dans un pays où le népotisme est roi et où la Constitution ne veut plus rien dire tant elle a été accommodée à toutes les sauces, même les plus invraisemblables, par les cuistres politiques. Reste néanmoins le respect dû, sinon aux citoyens (ce serait trop espérer !), du moins aux usagers de la téléphonie mobile, secteur dont le gendre ministre avait la charge dans le gouvernement démissionnaire de Fouad Siniora : respect que l'on doit deux fois plutôt qu'une en réalité, quand on se pose en parangon de vertu réformiste, en pourfendeur d'irrégularités et de procédés clientélistes, en implacable censeur de l'incompétence et de l'amateurisme.


Or le fait est que sur ces divers plans, la performance du ministre sortant n'aura pas été particulièrement brillante. Pour commencer, ce n'est qu'à la suite d'un vaste tollé que les opérateurs ont été choisis par voie d'adjudication, et non de gré à gré comme initialement projeté. Les tarifs ont baissé, c'est vrai, et le nombre des abonnés a presque doublé, mais las, l'intendance n'a pas suivi. À vouloir aller trop vite, sans égard pour les délais que requérait le développement du réseau, c'est un engorgement monstre que l'on a créé, avec son cortège de communications coupées net au bout de quelques secondes, d'économies parties en fumée pour cause de rappels fréquents et de maints autres dysfonctionnements dus au surmenage des centraux. Cela sans parler du regrettable abus de matériel étatique commis, qu'il s'agisse des messages d'autopromotion électorale dont nous a tous gratifiés, de sa douce voix, le ministre, ou encore du favoritisme qui a présidé à la sélection des sites pour la pose d'antennes.


Cela dit, bonne chance, général Aoun, dans votre sourcilleuse gestion des affaires de famille. Mais de grâce, trouvez-lui vite un autre point de chute et tous les détenteurs de téléphone cellulaire vous en sauront gré, y compris ceux qui se trouvent compter parmi vos fidèles.


Allô, allô, général... Flûte, encore coupé.

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb

On le comprend un peu, allez, ce bon père de famille de général Aoun, qui plaide avec tant d'ardeur pour son gendre, qui bloque obstinément la formation du nouveau gouvernement aussi longtemps que ce dernier n'aura pas été recasé là même où il officie présentement.
 
Le général n'est guère le seul d'ailleurs à nourrir ce genre de sollicitude pour les proches : après tout, nous vivons dans un pays gouverné depuis des temps immémoriaux par des dynasties politiques, par des généalogies se prolongeant, se perpétuant même, de père en fils, alors pourquoi pas en beau-fils ? Et puis, quelle idée de prétendre exclure Gebran Bassil de la course aux maroquins, au...