La démocratie consensuelle, cette grosse fumisterie qui, durant les dernières années, a tenu lieu de bible politique pour le Liban en crise, il est grand temps de la rayer de notre vocabulaire. Ce qu'endure en réalité le pays, c'est une démocratie consensuelle et armée. Armée d'un seul côté, ce qui invalide d'un seul coup et la démocratie, et le consensus.
Une majorité parlementaire impuissante à asseoir sa légitime autorité, et une minorité se comportant en maître, cela on connaissait déjà, sans très bien comprendre pour autant. Ce que l'on voit aujourd'hui, c'est une majorité reconduite haut la main par les électeurs et peinant pourtant à former un gouvernement d'unité nationale. Plus incroyable encore, voilà une majorité menacée d'éclatement ou alors d'érosion, d'effritement, de dilution.
Dans ce troublant phénomène de combustion lente, la bombe Joumblatt n'est pas seule en cause. Bien sûr, la défection du leader druze a secoué et affaibli ladite majorité. De même, elle a passablement déstabilisé une opinion publique sidérée par l'ampleur du revirement, par le changement total du discours, par l'attrait soudain de cette route de Damas que le chef du Parti socialiste progressiste - suprême avanie - se promet d'emprunter bientôt sous la houlette d'un Wi'am Wahhab qu'hier encore il écrasait de son seigneurial dédain. Un aussi scabreux parcours ne saurait s'expliquer par la seule et légendaire versatilité de la classe dirigeante libanaise. Il ne saurait être analysé non plus en termes de pure science politique. Cherchez la femme, recommandait Alexandre Dumas ; las, c'est le poids déterminant des armes qu'il faut retracer dans ce cas précis, comme d'ailleurs dans chacun des rebondissements de l'actualité locale.
Rebondissements passés et aussi rebondissements à venir, dans la perspective en effet de ces deux échéances graves liées l'une au Tribunal spécial pour le Liban, et l'autre à la tension croissante dans la région frontalière sud. Quelles culpabilités présumées dans l'assassinat de Rafic Hariri seront-elles retenues par l'acte d'accusation à paraître bientôt, quelles surprises peut réserver au contraire ce dernier ? Et surtout, qu'adviendrait-il de la coopération totale avec le tribunal, à laquelle est tenu l'État libanais, si étaient émises des citations à comparaître à l'encontre de personnages influents ou bien jouissant de hautes protections ?
Non moins préoccupante est la situation volatile à la frontière libano-israélienne où Benjamin Netanyahu souffle le chaud et le froid, menaçant un jour de raser nos infrastructures civiles, et assurant le lendemain qu'aucune guerre n'est en vue et qu'il n'a fait que prendre part à une tempête médiatique. Plus explicite aura été un de ses vice-ministres qui a mis en garde contre des projets d'attaques attribués au Hezbollah et visant des officiels ou des touristes israéliens, notamment dans le Sinaï égyptien. C'est l'attentat contre un diplomate israélien à Londres imputé à une organisation palestinienne qui, en 1982, avait servi de prétexte à l'invasion du Liban ; aussi faut-il espérer qu'aucune provocation, qu'aucune manipulation ne viendra malencontreusement remplir le même office.
La prudence est donc de mise, d'autant que le Liban n'est pas précisément en odeur de sainteté à l'ONU, et cela depuis l'explosion accidentelle, le mois dernier, d'un entrepôt d'armes et de munitions du Hezbollah au Liban-Sud : incident qui a révélé au grand jour le réarmement massif auquel se livre la milice en pleine zone d'opérations de la Finul, mais aussi de l'armée nationale. Comme si cette faille évidente dans la mise en application de la résolution 1701 n'était pas encore assez, la note adressée à l'époque au Conseil de sécurité par le ministre des AE Salloukh et qui épousait la version du Hezbollah a achevé d'indisposer les pays contributeurs de la force internationale.
À consensus infirme, diplomatie boiteuse...
Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb
Une majorité parlementaire impuissante à asseoir sa légitime autorité, et une minorité se comportant en maître, cela on connaissait déjà, sans très bien comprendre pour autant. Ce que l'on voit aujourd'hui, c'est une majorité reconduite haut la main par les électeurs et peinant pourtant à former un gouvernement...


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