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L’arme absolue

Ce n'est pas tous les jours leur fête, comme c'est le cas en ce 1er août. Eux, ce sont les soldats, ces bonnes à tout faire d'une République qui croit les payer justement de leur peine et même les choyer, mais qui ne le fait en réalité que bien mal.

 

La tâche première des militaires libanais consiste à défendre l'intégrité du territoire national contre un ennemi israélien cent fois plus puissant et qui ne cesse de multiplier violations de frontières et agressions. Cette tâche, l'armée s'en est toujours acquittée plus qu'honorablement, au prix de nombreux martyrs, sans qu'il lui soit arrivé une seule fois, quant à elle, de jouer les fauteurs de guerre. Non moins lourd, au demeurant, aura été le tribut du sang à la lutte contre le terrorisme religieux, notamment dans le camp palestinien de Nahr el-Bared.


Il n'y a pas que les aléas de la guerre cependant, pour ces gens d'armes que la nature turbulente du pays et l'insuffisance des effectifs sécuritaires réduisent souvent à la condition de simples gendarmes. L'armée est sans cesse mise à contribution pour le maintien de l'ordre public et autres tâches de police. Et elle n'en sort pas toujours grandie hélas, quand se mêle au souci sécuritaire l'intrigue politique. En plus d'une occasion en effet, le pouvoir en place a coupablement usé de l'institution militaire comme d'un instrument politique. La funeste conséquence en est que par la suite, et la crise des institutions aidant, c'est la politique qui a invariablement rattrapé l'armée, même quand celle-ci se refusait à la tentation politique.


Un matériel défensif moderne, digne des hautes compétences de la troupe et des énormes sacrifices qu'elle a consentis : c'est ce que se promet de procurer à ses hommes, dans son ordre du jour pour la 64e fête de l'Armée, le général Jean Kahwagi. On ne peut évidemment que s'en réjouir, pourvu seulement que les pays fournisseurs surmontent leur vieille crainte de voir le matériel livré finir un jour entre de mauvaises mains.


Pour précieux cependant que serait un tel équipement moderne, il y a plus précieux encore. Plus nécessaire, plus urgent aussi, et c'est la conviction, la certitude du militaire, officier ou homme de troupe, que quels que soient les prétendus impératifs politiques, en aucune circonstance il ne sera lâché par les siens. Qu'il ne sera pas sacrifié sur l'autel de la raison d'État. Que des soldats que l'on a chargés de maintenir l'ordre public ne seront pas traduits en justice parce qu'ils ont riposté aux agressions de trublions armés. Que les trafiquants de drogue forçant les barrages de contrôle et abattant au passage les soldats de faction seront inéluctablement, et quoi qu'il en coûte, retrouvés et arrêtés jusque dans leurs sanctuaires bien connus de l'est du Liban ou d'outre-frontière. Et que l'armée, pas plus que n'importe quelle armée au monde, ne peut en aucun cas croire que ses pilotes d'hélicoptère puissent réellement être abattus par erreur alors qu'ils exécutaient de banales missions d'entraînement.


Bon shopping dans les arsenaux du monde, général ! Puissiez-vous toutefois donner à vos hommes un élément-clé plus performant encore que les tanks et canons dernier cri. L'arme absolue en effet, c'est le moral. Et ce genre d'article ne peut jamais être que de production locale.

 

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb

Ce n'est pas tous les jours leur fête, comme c'est le cas en ce 1er août. Eux, ce sont les soldats, ces bonnes à tout faire d'une République qui croit les payer justement de leur peine et même les choyer, mais qui ne le fait en réalité que bien mal.
 
La tâche première des militaires libanais consiste à défendre l'intégrité du territoire national contre un ennemi israélien cent fois plus puissant et qui ne cesse de multiplier violations de frontières et agressions. Cette tâche, l'armée s'en est toujours acquittée plus qu'honorablement, au prix de nombreux martyrs, sans qu'il lui soit arrivé une seule fois, quant à elle, de jouer les fauteurs de guerre. Non moins lourd, au demeurant, aura...