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Entre deux maux…

Une trêve politique absolument inattendue pour accompagner le bel été, et qui contraste étrangement avec cette esquisse d'ébauche de crise ministérielle ; ou bien alors le tumulte d'un débat sans fin, au sein d'un cabinet dit d'union et voué néanmoins à la paralysie totale. De ces deux maux, lequel est-il finalement le moindre ?

En l'absence de toute règle du jeu démocratique, comme c'est le cas désormais hélas dans notre pays, la question est moins saugrenue qu'il n'y paraît. Les dernières années ont amplement illustré en effet la dangereuse dérive du concept même de consensus national : lequel en venait à se renier lui-même dès lors qu'il était assuré par la voie non point de la concertation, mais de la pression milicienne. Avec le consensus bon teint se sont estompées les notions, pourtant élémentaires, de majorité et de minorité parlementaires. L'Assemblée a été interdite de longs mois durant d'accès aux élus, et l'opposition s'est abusivement prévalue d'un droit de veto sur les décisions gouvernementales.

C'est dire à quel point peut paraître surréelle l'actuelle détente interne, troublée seulement (?) par le regain de tension au Liban-Sud où l'explosion d'un entrepôt d'armes et de munitions a placé en faute le Hezbollah et plongé dans l'embarras l'État libanais. Bien sûr, le Premier ministre désigné peine sérieusement à former son tout premier gouvernement, assailli qu'il est d'exigences et de conditions parfois rédhibitoires. Bien sûr, les forces politiques locales attendent, pour conclure l'affaire, l'assentiment, qui de Damas ou Téhéran, et qui de Riyad. Il faut bien reconnaître en revanche que le jargon politique, qui se réduisait à une collection d'invectives, a notablement - et inexplicablement - gagné en courtoisie. On se rend visite entre adversaires, entre ennemis jurés même ; Hariri et le président de la Chambre Nabih Berry sont devenus les meilleurs amis du monde ; les protagonistes des affrontements armés des derniers mois à Beyrouth-Ouest se rencontrent civilement sous les auspices du Deuxième bureau de l'armée pour faire de la capitale un havre de paix ; et vaille que vaille, la vie retrouve un semblant de normalité, dans le cadre de ces affaires que l'on appelle courantes, et qu'est chargé d'expédier le gouvernement démissionnaire de Fouad Siniora.

Courantes, vraiment ? N'est-ce pas trop dire en effet dans un pays où les obédiences à l'étranger et les rivalités politiques ou sectaires (et souvent les deux à la fois !) ont relégué au second plan l'éducation, l'emploi, la prospérité économique, le développement rural, la justice sociale, l'entretien des réseaux routiers, toutes préoccupations prioritaires chez les peuples heureux, ou pour le moins ordinaires...

Affaires courantes ou affaires cessantes pour cause de tiers de blocage, le peuple a fait son choix, et il s'est nettement exprimé lors des élections législatives de juin dernier. De là à ce qu'il soit entendu, c'est malheureusement une autre affaire.

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb
Une trêve politique absolument inattendue pour accompagner le bel été, et qui contraste étrangement avec cette esquisse d'ébauche de crise ministérielle ; ou bien alors le tumulte d'un débat sans fin, au sein d'un cabinet dit d'union et voué néanmoins à la paralysie totale. De ces deux maux, lequel est-il finalement le moindre ?En l'absence de toute règle du jeu démocratique, comme c'est le cas désormais hélas dans notre pays, la question est moins saugrenue qu'il n'y paraît. Les dernières années ont amplement illustré en effet la dangereuse dérive du concept même de consensus national : lequel en venait à se renier lui-même dès lors qu'il était assuré...