Rechercher
Rechercher

Passez le plateau !

C'est un bel échantillon de diplomatie active que vient d'offrir le ministre allemand des AE Frank-Walter Steinmeyer, qui a clôturé hier à Beyrouth une tournée dans la région : la quinzième, faut-il noter, depuis son entrée en fonctions il y a quatre ans.

 

Active d'abord, en effet, parce que tout en exprimant le soutien massif de l'Europe à l'initiative du président américain Barack Obama, Steinmeyer revendique haut et clair pour le Vieux Continent, et singulièrement pour son propre pays, un rôle crucial dans les efforts de paix au Moyen-Orient. Active ensuite et surtout, parce que le ministre allemand, tout diplomate chevronné qu'il soit, n'y est pas allé par quatre chemins pour rappeler à ses interlocuteurs les conditions essentielles, incontournables, de tout progrès sur la voie d'un règlement. À l'adresse des Israéliens, il a souligné ainsi la nécessité impérieuse d'un arrêt de la colonisation juive dans les territoires palestiniens. Et il a pressé les Syriens de tenir le rôle censé être le leur dans l'actuel processus : c'est-à-dire de contribuer à contenir ces éléments destructeurs, ne manifestant aucun intérêt pour la paix, que sont, a-t-il affirmé, le Hezbollah libanais et le Hamas palestinien.

 

Le chef de la diplomatie allemande paraissait endosser ainsi le message suivant, que l'avait prié de convoyer à Damas le président israélien Shimon Peres : le président Bachar el-Assad ne peut pas espérer recevoir sur un plateau d'argent le Golan et continuer dans le même temps à renforcer le Hezbollah. Un plateau d'or plutôt que d'argent, a répondu le ministre des AE Walid Moallem : voilà qui était fort bien dit, s'agissant en effet d'une terre indiscutablement syrienne.

 

Reste cependant les non-dits. Shimon Peres, qui fut l'un des architectes des arrangements de 1976 sur les modalités et limites de l'intervention militaire syrienne au Liban, n'ignore sans doute rien des ambitions - oh, à peine déguisées - du régime baassiste. Avec le Golan, c'est le Liban en effet, ou pour le moins un droit de regard exclusif sur le Liban, que convoite toujours la Syrie en dépit de ses déboires des dernières années.

 

Quant aux prestations qu'attend d'elle la communauté internationale - réduire les trublions s'agitant sur le sol libanais, ou alors les contenir - elles n'ont certes rien de nouveau. La Syrie s'y est déjà astreinte dans le passé, mais seulement au coup par coup, frappant d'une main et choyant de l'autre les organisations armées palestiniennes, sans jamais cesser de réclamer son salaire pour la peine. Que se rassurent les diplomates qui sillonnent, l'un après l'autre, le Proche-Orient : depuis que dure le manège, c'est à la perfection que le virtuose syrien connaît son rôle.

 

Reste le plus important, c'est-à-dire les cachets. L'ère Obama, nous assure-t-on, n'est pas faite que d'ouverture et de dialogue, mais aussi d'esprit de justice ; dès lors, le temps devrait être révolu où l'on payait en libanais.

 

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb

C'est un bel échantillon de diplomatie active que vient d'offrir le ministre allemand des AE Frank-Walter Steinmeyer, qui a clôturé hier à Beyrouth une tournée dans la région : la quinzième, faut-il noter, depuis son entrée en fonctions il y a quatre ans.
 
Active d'abord, en effet, parce que tout en exprimant le soutien massif de l'Europe à l'initiative du président américain Barack Obama, Steinmeyer revendique haut et clair pour le Vieux Continent, et singulièrement pour son propre pays, un rôle crucial dans les efforts de paix au Moyen-Orient. Active ensuite et surtout, parce que le ministre allemand, tout diplomate chevronné qu'il soit, n'y est pas allé par quatre chemins pour rappeler à ses interlocuteurs les...