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Céleste triche

Tels ces buissons qui trouvent moyen de croître en plein désert, il peut lui arriver de pousser sur les plus improbables des terreaux. Ou pour le moins d'y montrer, contre toute attente, le bout du nez. Mais est-ce bien une forme de démocratie, car c'est bien de celle-ci qu'il s'agit, qu'offre à la vue cette élection présidentielle iranienne des plus mouvementées ?

 

Oui et non. Car, d'un côté, il est tout de même remarquable, en premier lieu, que des conservateurs modérés et des réformateurs aient fait acte de candidature face à un Ahmadinejad bénéficiant pourtant du soutien déclaré du guide suprême de la révolution islamique Khamenei. Et plus remarquable encore est la vigoureuse contestation des résultats frauduleux (un véritable don du Ciel, s'était pourtant écrié le premier des ayatollahs) à laquelle se sont livrés Mir Hossein Moussavi et ses camarades d'infortune, et qui, en dépit d'une sanglante répression, a été largement suivie par la rue. Où donc est passé mon vote ?

Inlassablement scandée par les centaines de milliers de manifestants en colère, aussi reprise par les électeurs de la diaspora, l'interrogation reflète effectivement l'immense frustration d'une société civile qui, dans tous les sens du terme, était bien décidée à donner de la voix.


Davantage cependant qu'une véritable percée démocratique, les événements d'Iran illustrent les soubresauts d'un système moins monolithique qu'il n'y paraît, c'est vrai, mais qui se trouve soudain acculé à rechercher des équilibres nouveaux. Le pouvoir en place a accepté hier de procéder à un nouveau décompte partiel des suffrages ; mais il ne s'agit visiblement là que d'un simple geste d'apaisement, du moment que la juridiction en charge, le Conseil des gardiens de la Constitution, est sous la coupe du régime.

Parallèlement, et selon un schéma devenu familier pour les Libanais, une contre-manifestation a prétendu rétablir aux yeux de tous la balance des forces populaires. Du côté de l'opposition, le tableau n'est guère plus exaltant d'ailleurs : après tout, la vedette du moment, Mir Hossein Moussavi, comme d'autres modérés qui l'ont précédé, est lui aussi un enfant du système : il fait partie intégrante d'un establishment dont il serait abusif de croire, à ce stade, qu'il peut être sérieusement remis en question.


Reste, pour les Iraniens eux-mêmes comme pour tous les peuples de cette région investie d'autorité par la révolution islamique, l'espoir d'une évolution, d'un changement plus conforme aux exigences du siècle. Or c'est ce même espoir qu'avait incarné, pour l'humanité tout entière, l'élection à la présidence des États-Unis de Barack Obama. À la différence de son prédécesseur George W. Bush, Obama n'a pas entrepris de répandre la démocratie dans le monde à coups de gourdin. À force d'ouvertures et d'offres de dialogue, et sans jamais verser dans l'angélisme, il a néanmoins réussi à faire rêver toutes les nations d'un monde meilleur : mieux encore, d'un chez-soi meilleur. Voilà pourquoi les perspectives de négociation avec l'Amérique ne sont sans doute pas étrangères à cette frénétique quête populaire de changement notée en Iran et qui, contrariée par la fraude, a conduit jusqu'à l'émeute.


C'est ce que semble confirmer, a contrario, la très grande prudence observée par l'administration US à propos d'événements dont elle a pris grand soin de souligner qu'ils concernent les seuls Iraniens : une retenue qui contraste avec les vives protestations qu'a élevées une France irréductiblement fidèle à sa tradition en matière de défense des droits de l'homme.

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb

Tels ces buissons qui trouvent moyen de croître en plein désert, il peut lui arriver de pousser sur les plus improbables des terreaux. Ou pour le moins d'y montrer, contre toute attente, le bout du nez. Mais est-ce bien une forme de démocratie, car c'est bien de celle-ci qu'il s'agit, qu'offre à la vue cette élection présidentielle iranienne des plus mouvementées ?
 
Oui et non. Car, d'un côté, il est tout de même remarquable, en premier lieu, que des conservateurs modérés et des réformateurs aient fait acte de candidature face à un Ahmadinejad bénéficiant pourtant du soutien déclaré du guide suprême de la révolution islamique Khamenei. Et plus remarquable encore est la vigoureuse contestation...