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À l’écoute de Pascal

Dans son dernier et magnifique ouvrage, Le dérèglement du monde, c'est avec une exquise modestie qu'Amin Maalouf reprend à son compte le fameux pari de Blaise Pascal : non point cette fois pour se livrer à des spéculations métaphysiques, mais pour appeler à une mobilisation planétaire face au cataclysme écologique qui pointe à l'horizon.

 

Les deux paris procèdent de la même démarche : à savoir que la bonne option demeure valable même si elle doit s'avérer infondée. On aurait perdu certes, mais on n'aurait pas tout perdu, ce qui ne serait pas le cas pour les adeptes du choix contraire. Avec l'incomparable Pascal, et même s'il apparaissait que Dieu n'existe pas, du moins la morale serait sauve. Et avec Maalouf on aurait tout de même redonné quelque santé à notre planète, même si les Verts avaient exagérément grossi le péril des émanations de CO2.


C'est dans leur échéance cependant que diffèrent spectaculairement les deux paris. Le résultat du premier ne pourra être connu en effet que dans l'au-delà : c'est-à-dire trop tard, bien trop tard. En revanche, c'est dans un avenir relativement proche (dans une trentaine d'années) que se vérifieront ou non les prévisions apocalyptiques des experts sur le réchauffement de la planète : là aussi ce pourrait être trop tard, surtout pour ceux de nos contemporains qui, à cette date, seront encore en vie.


Tant qu'à parler d'échéances, et quitte à piller tout à la fois Pascal et Maalouf, comment ne pas songer à celle, en tout point cruciale, des législatives de dimanche prochain ? De voter pour l'un ou l'autre des deux camps en présence n'est-il pas, par excellence en effet, un pari sur l'avenir, et qui plus est l'avenir immédiat ? En raison même de l'énormité des enjeux, ce sont les programmes qui, pour la première fois dans les annales électorales libanaises, tendent à prévaloir sur la personne des candidats. Entre les deux projets, nombreux sont les Libanais qui ont déjà arrêté leur choix. Reste les flottants, les indécis : et aussi ceux qui, sous prétexte d'exigence intellectuelle, jouent l'indifférence afin, précisément, d'affirmer leur différence.


C'est à tous ceux-là qu'il faut rappeler que des patries peuvent être perdues, tout comme les paris, et que la responsabilité en rejaillit fatalement aussi sur ceux qui, en s'abstenant de voter, croyaient s'en être lavé les mains. Dans la grande foire aux enchères, qui a présidé aux alliances électorales, il n'y a certes pas que des anges d'un côté, et des démons de l'autre, mais des candidats courant sous l'un ou l'autre de deux étendards. Deux seulement en effet, en dépit de la folklorique diversité des couleurs politiques libanaises. Deux visions contradictoires du Liban, deux cultures politiques inconciliables, deux philosophies.


Aux sceptiques, mais aussi aux déçus, on veut bien concéder que le 14 Mars n'aura pas été en toute circonstance le fidèle reflet de la révolution du Cèdre, celle-là même qui avait rassemblé dans la rue un million de citoyens en révolte contre le crime politique et la tutelle étrangère. Les immenses espérances d'une jeunesse éprise de liberté, de souveraineté, d'indépendance et de réformes n'ont pas toutes été comblées, et les intérêts strictement partisans ont trop souvent prévalu sur la cohésion du rassemblement souverainiste. D'aucuns relèveront enfin la platitude d'un programme apparemment axé sur la conservation des acquis des dernières années, face à l'offensive en règle lancée par le 8 Mars.


À tous ceux que torture le doute, on fera observer que le programme d'en face est, pour sa part, d'une éloquence à nulle autre pareille. Car il s'agit rien moins que de défigurer le Liban pluriculturel et libéral en lui assignant le statut d'une société militante, résistante, robotisée, arrimée à un axe régional dévoré d'ambitions hégémoniques. C'est à un tel cauchemar que se réduit en définitive le changement promis à tue-tête par ceux des alliés du Hezbollah que dévore une ambition d'un autre type, celle du pouvoir personnel.


Incertain vraiment, le pari sur la majorité sortante ? Ce sont de bien tristes certitudes que propose en revanche la concurrence. Blaise Pascal n'aurait pas hésité.

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb

Dans son dernier et magnifique ouvrage, Le dérèglement du monde, c'est avec une exquise modestie qu'Amin Maalouf reprend à son compte le fameux pari de Blaise Pascal : non point cette fois pour se livrer à des spéculations métaphysiques, mais pour appeler à une mobilisation planétaire face au cataclysme écologique qui pointe à l'horizon.
 
Les deux paris procèdent de la même démarche : à savoir que la bonne option demeure valable même si elle doit s'avérer infondée. On aurait perdu certes, mais on n'aurait pas tout perdu, ce qui ne serait pas le cas pour les adeptes du choix contraire. Avec l'incomparable Pascal, et même s'il apparaissait que Dieu n'existe pas, du moins la morale serait sauve. Et avec...