À quoi bon des élections législatives si, par la grâce de cette démocratie consensuelle nouvelle version à laquelle se trouve assujetti le pays, les termes de majorité et de minorité parlementaires ne veulent plus dire grand-chose ?
Pour nombre de nos concitoyens, la question se pose sérieusement : ce regrettable phénomène pouvant être observé surtout dans la zone grise de l'électorat, celle rassemblant ces indécis que n'a réussi à séduire aucune des couleurs partisanes déclinées par le prisme libanais. Si l'on s'en remettait d'ailleurs à la pure logique, ou encore aux principes de base de la science politique, il faudrait bien constater que l'abâtardissement du système libanais a condamné le pays à l'impasse permanente, du fait de ces gouvernements dits d'union nationale mais qui ne font que gérer (et bien mal !) une désunion de tous les instants.
Pire encore, cette funeste innovation qu'était le tiers de blocage réservé d'autorité aux ministres de l'opposition aura opéré un renversement des rôles proprement... renversant. Car à défaut de gouverner en direct, la minorité est parfaitement en mesure d'empêcher de gouverner : sauf, bien sûr, quand ses propres intérêts sont sauvegardés. Voilà qui en fait le véritable meneur du jeu.
Puisqu'il en est ainsi, serait-on tenté de demander, qu'est-ce donc qui aurait dramatiquement changé, si d'aventure l'opposition venait à décrocher la majorité ? La réponse est terrifiante dans sa simplicité : on aurait dans ce cas une majorité armée, du moins pour ce qui est de son épine dorsale, le Hezbollah. C'est bien par le pouvoir des armes en effet, même si à cette époque elles étaient demeurées dans leur fourreau, que le centre-ville de Beyrouth avait pu être squatté et paralysé des mois durant, alors qu'un banal canon à eau eut suffi pour disperser toute autre manifestation véritablement pacifique.
C'est par le pouvoir des armes, tonnantes et crépitantes cette fois, qu' a été contrôlée la rue, puis qu'a été consommée la déchéance de la logique institutionnelle. Et c'est forte du même arsenal que cette majorité nouvelle, si elle voit le jour, sera en mesure de modifier à sa guise ces mêmes règles de gouvernement qui la favorisaient tant, du temps où elle était minorité.
C'est dire qu'il n'y a pas en réalité de tiers de blocage, mais seulement (!) des canons et des missiles de blocage et de chantage, notoirement placés de surcroît au service de stratégies révolutionnaires et guerrières extralibanaises.
C'est dire aussi qu'en l'absence de tout équilibre paramilitaire, le seul blocage matériellement jouable est celui qui serait opéré à la source, c'est-à-dire à coups de bulletins de vote. On ne compte certes pas que des anges dans un des deux camps en présence, et que des démons dans l'autre. C'est la première fois toutefois, depuis l'indépendance, que les Libanais sont appelés à voter non pas tant pour des hommes et des femmes, que pour des idées, des projets, des philosophies affectant les structures mêmes du pays, son identité, son visage et jusqu'à son mode de vie. On ne saurait assez remercier le président Ahmadinejad d'avoir dévoilé récemment, avec autant d'insolence que de stupéfiante candeur, tous les bénéfices qu'escompte l'Iran de ce scrutin libanais.
Ce n'est pas avec des vœux pieux frisant l'indifférence, mais à l'aide de digues et de barrages, que l'on peut espérer faire obstacle aux torrents coulant d'ailleurs. Chaque caillou, chaque poignée de bonne terre libanaise peut faire toute la différence. Chaque suffrage aussi.
Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb
Pour nombre de nos concitoyens, la question se pose sérieusement : ce regrettable phénomène pouvant être observé surtout dans la zone grise de l'électorat, celle rassemblant ces indécis que n'a réussi à séduire aucune des couleurs partisanes déclinées par le prisme libanais. Si l'on s'en remettait d'ailleurs à la pure logique, ou encore aux principes de base de la science politique, il faudrait bien constater que l'abâtardissement du...


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