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Produit inflammable

Véritable brûlot lancé au milieu d'une poudrière, que cet article du très sérieux hebdomadaire allemand Der Spiegel incriminant le Hezbollah dans l'assassinat de Rafic Hariri et citant à cette fin des sources proches du Tribunal spécial pour le Liban. Véritable miracle aussi, survenant en effet au plus fort d'une campagne électorale où il est courant de faire feu de tout bois, que la sagesse et la retenue avec lesquelles a été accueillie, sur place, la fracassante affaire.

 

Ce n'est pas la première fois pourtant qu'est formulé, dans la grande presse internationale, ce genre d'accusation. Des noms de militants ont même été cités, et à diverses reprises, des allusions très claires ont été émises par des piliers du 14 Mars. La poudrière n'a pas sauté pour autant, et il faut évidemment en remercier le Ciel. Mais peut-on, pour autant, persister à ignorer que le mal est fait ; et qu'il n'a pas attendu d'ailleurs les prétendues révélations de Der Spiegel pour se déclarer ?

 

Il y a longtemps en effet que le venin du doute s'est installé dans bien des esprits, alimenté - il faut bien le dire - par les outrances et abus que multipliaient, comme à plaisir, ces nouveaux et singuliers suspects. Il serait terrifiant bien sûr, terrifiant en regard aussi bien de l'avenir que du passé, que l'hypothèse Hezbollah puisse un jour s'avérer fondée. Le plus tragique cependant est que si des Libanais s'offusquent sincèrement de tels soupçons, si d'autres ne veulent surtout pas se tourmenter l'esprit et préfèrent éluder la question, il en existe d'autres encore qui, eux, seraient enclins à donner foi aux plus extravagants, aux plus sulfureux, aux plus explosifs des scénarios.

 

C'est bien cela, le plus triste, et aussi le plus préoccupant. C'est cette dérive permanente, méthodique, appliquée, qui, au fil des dernières années, aura conduit une organisation de résistance en tout point héroïque, bénéficiant du soutien et de l'admiration de tous les Libanais, à s'insérer dans le jeu politique, ce qui était vivement souhaitable, mais sans pour autant renoncer au fusil, ce qui était fausser et vicier le jeu. À s'arroger, à grands frais, le pouvoir de décision en matière de guerre et de paix en se prévalant, de surcroît, d'un parrainage militaire, politique, idéologique et financier étranger. À se doter, en sus de son arsenal, d'un système de télécommunications privé puis à retourner son armement contre d'autres parties libanaises. En un mot, à se placer au-dessus de la loi, c'est-à-dire hors la loi. Et à prêter le flanc ainsi aux accusations les plus graves et infamantes.

 

Croire aux dernières affabulations, c'est emboîter le pas à Israël, avertissait lundi Hassan Nasrallah : Israël qui, en effet, jette de l'huile sur la braise, qui notoirement appelle de ses vœux une guerre sunnito-chiite, qui va jusqu'à réclamer un mandat d'arrêt international contre le chef du Hezbollah. Il serait trop facile cependant d'attribuer au seul ennemi la responsabilité de toutes les anomalies, de tous les délires qui minent la république. Car, on vous le demande, que fait donc le Hezbollah lui-même pour rendre crédit, prestige et faveur populaire au Hezbollah ?

 

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb

Véritable brûlot lancé au milieu d'une poudrière, que cet article du très sérieux hebdomadaire allemand Der Spiegel incriminant le Hezbollah dans l'assassinat de Rafic Hariri et citant à cette fin des sources proches du Tribunal spécial pour le Liban. Véritable miracle aussi, survenant en effet au plus fort d'une campagne électorale où il est courant de faire feu de tout bois, que la sagesse et la retenue avec lesquelles a été accueillie, sur place, la fracassante affaire.
 
Ce n'est pas la première fois pourtant qu'est formulé, dans la grande presse internationale, ce genre d'accusation. Des noms de militants ont même été cités, et à diverses reprises, des allusions très claires ont...