Au gré des visites multipliées ces dernières semaines par des responsables US de haut rang, le discours américain à l'adresse du Liban n'a pas trop varié sur le fond. Sur certains points essentiels en revanche, il vient de gagner sensiblement en précision, avec le séjour-éclair de Joe Biden, premier vice-président des États-Unis à fouler notre sol depuis plus d'un quart de siècle.
En affirmant que Washington ne favorise aucune des parties en lice pour les prochaines élections législatives, Joe Biden a paru rompre hier avec une tradition assez longue de soutien déclaré, et même enthousiaste, au 14 Mars. Ces propos n'avaient visiblement d'autre objet cependant que de parer, vaille que vaille, aux accusations d'ingérence dans les affaires libanaises. Du reste, le numéro deux américain n'a pas craint de sacrifier au rituel des rencontres privées avec des membres de ce rassemblement. Et surtout, il ne s'est pas privé d'appeler les électeurs à s'éloigner des forces qui entravent les efforts de paix, allusion des plus transparentes au Hezbollah.
Il faut tout de même constater que c'est sur le président Michel Sleiman que s'est reportée avec le plus d'éclat la bienveillance de l'Oncle Sam, quasi exclusivement réservée naguère aux forces du 14 Mars : Sleiman qui incarne parfaitement, au demeurant, cette modération à laquelle appelait il y a moins d'un mois, à Beyrouth même, la secrétaire d'État Hillary Clinton ; Sleiman devenu soudain, comme par hasard, la cible de prédilection de l'opposition. Ce glissement des faveurs américaines ne devrait pas trop surprendre (et encore moins préoccuper) puisqu'il s'inscrit dans la logique du changement annoncé par l'ère Obama. Washington demeure attaché à l'indépendance et à la souveraineté du Liban. Il ne s'agit plus toutefois, comme sous George W. Bush, de brandir à bout de bras le cas libanais pour, par exemple, faire rendre gorge à la Syrie, mais de préserver plutôt les chances libanaises dans le grand débat en cours au Proche et au Moyen-Orient.
Ce débat, c'est avec de vieux amis (les Israéliens), de vieux ennemis (les Iraniens) et des ennemis occasionnels, ou, si l'on préfère, des alliés de circonstance (les Syriens), que le mène simultanément, en ce moment, l'administration américaine. Or, nous ne sommes guère absents, cette fois, de tout ce remue-ménage, comme le montre le défilé, devenu incessant, de responsables US de haut rang venant proclamer sur place qu'il n'y aura pas de marché aux dépens du Liban. Le temps n'est plus en effet où le volet libanais de la négociation de paix n'était qu'un simple appendice du contentieux syro-israélien ; mais le temps n'est pas encore venu pour autant, hélas, où le Liban, à l'abri des interférences et subversions étrangères, sera tout à fait maître de son destin, dans la paix comme dans la guerre.
C'est dire que quelque équilibré et convaincant que puisse être le projet de solution globale que dévoilera bientôt au Caire le président Obama, les deux questions centrales du Hezbollah et du Hamas palestinien demeurent tributaires de l'évolution du dialogue engagé par Washington avec Téhéran et Damas. C'est dire aussi que dans le chassé-croisé de manœuvres et de pressions dont le Liban demeure prisonnier, et en dépit du divorce avec le style Bush, l'Amérique nouvelle, celle de l'ouverture la main tendue, n'est pas pour autant dénuée de ressources. Et c'est sur ce registre précis que Joe Biden s'est livré hier à une véritable première : les États-Unis ne peuvent que se soumettre au verdict des urnes libanaises, a concédé le vice-président ; mais leur programme d'aide au pays dépendra fatalement de l'issue du scrutin, comme de la composition et des orientations du futur gouvernement libanais.
Fort abrupte, en dépit des sourires officiels, en dépit des promesses d'équipement de l'armée régulière, est la mise en garde. Mais elle ne fait en définitive que souligner au crayon gras l'énormité des enjeux d'une élection des plus singulières, puisqu'on peut y voir fascismes théocratiques et populismes jouer l'argument démocratique pour tenter de parvenir à leurs fins.
Issa Goraieb
igor@lorient-lejour.com.lb
En affirmant que Washington ne favorise aucune des parties en lice pour les prochaines élections législatives, Joe Biden a paru rompre hier avec une tradition assez longue de soutien déclaré, et même enthousiaste, au 14 Mars. Ces propos n'avaient visiblement d'autre objet cependant que de parer, vaille que vaille, aux accusations...


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