Rechercher
Rechercher

À cœurs ouverts

Alors, affaire classée, les peu amènes réflexions de Walid Joumblatt sur les chrétiens, du moment que le leader druze a fini par s'en excuser solennellement ? En un certain sens et contre toute attente, il faut espérer qu'il n'en sera rien. Cela non point, bien sûr, par goût immodéré de la polémique ni par rancune pour un homme qui, quoi qu'il dise - et quoi qu'on en dise -, a été et reste un des piliers de la révolution du Cèdre. Maniant volontiers la provocation, le chef du PSP a montré en plus d'une occasion par ailleurs qu'il ne dédaignait pas pour autant l'autocritique : trait bien rare, sinon introuvable, dans la jungle politique libanaise où l'on cultive à outrance la première, et quasiment jamais la seconde.

 

Il reste que dans cette affaire Joumblatt, révélée par un clip vidéo d'amateur diffusé en boucle par une chaîne de télévision locale, Joumblatt n'est pas le seul à se trouver mis en cause. Car si d'indiscrètes caméras pouvaient traîner dans maintes réunions politiques (surtout celles dites en petit comité), elles en auraient de bien belles à raconter sur ces hantises et défiances sectaires qui empoisonnent en profondeur, et parfois même jusqu'en surface, la vie politique de notre pays. On entendrait parler ici de la déferlante chiite enfonçant, l'une après l'autre, les allées du pouvoir avec le soutien des mollahs d'Iran ; et là de la marée sunnite des déserts arrivant des confins du Hedjaz : chrétiens et druzes ramant en rangs dispersés pour se positionner au milieu de cette titanesque collision de tsunamis survenant dans le mouchoir de poche libanais.

 

Ce poison-là, il est grand temps qu'il soit évacué de l'organisme national, autrement certes que dans le style Joumblatt. De précieuses occasions ont été perdues durant toutes ces stériles sessions de dialogue où l'on s'est copieusement écharpé sur des dossiers importants, c'est vrai, mais sans jamais aborder le cœur du problème. C'est-à-dire ces frayeurs ataviques qui, depuis des siècles souvent, habitent les diverses familles spirituelles libanaises. Qui n'ont pas été convenablement traitées par les accords interlibanais (ou libano-arabes, on ne sait plus) de Taëf et de Doha. Qui requièrent l'élaboration d'un nouveau pacte national allant plus loin que la formule de 1943. Qui commandent impérieusement que dans le secret des conclaves et loin de toute mobilisation des foules, les hommes, qui, par la force des choses, ont charge de communautés entières, se décident à poser sur la table tous les griefs, doléances, appréhensions et aspirations de celles-ci.

 

Le nouveau pacte, ce n'est pas l'actuel gouvernement frappé du bien mensonger label d'union nationale et voué à la paralysie qui pourra le promouvoir. Et à en juger par les critères qui ont souvent présidé à la formation des listes de candidats aux prochaines élections législatives - priorité aux valeurs sûres, aux chevaux qui rapportent plutôt qu'à une élite intellectuelle détenant pourtant un palmarès des plus honorables -, ce n'est pas non plus la Chambre de députés idéale pour une telle entreprise qui se profile à l'horizon.

 

Il faut affronter à temps l'heure de vérité. Et pour faire s'ouvrir les cœurs, il devrait y avoir plus digne et plus efficace tout de même que la caméra cachée.

Issa GORAIEB

igor@lorient-lejour.com.lb

Alors, affaire classée, les peu amènes réflexions de Walid Joumblatt sur les chrétiens, du moment que le leader druze a fini par s'en excuser solennellement ? En un certain sens et contre toute attente, il faut espérer qu'il n'en sera rien. Cela non point, bien sûr, par goût immodéré de la polémique ni par rancune pour un homme qui, quoi qu'il dise - et quoi qu'on en dise -, a été et reste un des piliers de la révolution du Cèdre. Maniant volontiers la provocation, le chef du PSP a montré en plus d'une occasion par ailleurs qu'il ne dédaignait pas pour autant l'autocritique : trait bien rare, sinon introuvable, dans la jungle politique libanaise où l'on cultive à outrance la première, et quasiment...