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Haro sur la Muette

Choquante, révoltante, et de surcroît terriblement inquiétante est la mort de ces quatre soldats qui patrouillaient lundi dans la région de Baalbeck à bord de leur Land Rover.

 

Car ces quatre malheureux, qui viennent s'ajouter à la liste déjà bien longue des martyrs de l'armée, n'ont pas perdu la vie alors qu'ils accomplissaient leur devoir national en affrontant l'ennemi extérieur : ou bien alors qu'ils s'échinaient à réduire des extrémistes suicidaires retranchés avec femmes et enfants dans leurs galeries souterraines, comme il y a deux ans dans le camp de Nahr el-Bared. Ils n'ont pas été victimes non plus d'un de ces attentats terroristes qui n'ont cessé, durant les dernières années, de viser l'institution. Ces hommes ont été tout simplement assassinés. Plus exactement exécutés, et cela dans la plus pure tradition mafieuse, lorsque leur véhicule a été arrosé de centaines de balles par des bandits postés en embuscade et qui ont aussitôt pris le maquis.


Même dans le monde des truands existe, dit-on, un bien paradoxal code d'honneur. La vendetta en est un des éléments-clés puisque, par-delà la pure vengeance, ces criminelles représailles revêtent aussi valeur de démonstration de force, d'avertissement. C'est de la sorte que les tueurs entendaient sanctionner la mort récente d'un illustre baron de la drogue, objet de plus d'une centaine de mandats d'arrêt, abattu alors qu'il tentait, à bord de sa voiture, de forcer un barrage de contrôle routier. C'est un autre code d'honneur toutefois, celui de la parole donnée, engageant irréversiblement les turbulentes mais orgueilleuses tribus du Hermel, qu'ont enfreint les assassins, tous membres de l'une de celles-ci. Car promptement tenues informées par le commandement militaire des circonstances précises du premier incident, celles-ci avaient consenti à classer l'affaire. Paix pour les morts, une réconciliation solennelle autour d'un méchoui était même prévue pour les tout prochains jours.


C'est un fait que le jurd du Hermel a toujours été le sanctuaire inviolable et inviolé de toutes sortes de repris de justice. On aurait tort cependant de ne voir dans le carnage de lundi qu'un épisode somme toute classique, sinon banal, de la triste saga du haschisch, dont la culture constitue en effet la principale ressource de cette région traditionnellement négligée par l'autorité. Pour commencer en effet, si l'on s'en prend de nos jours, avec une telle et scandaleuse désinvolture, à l'armée, c'est qu'on ne cesse, depuis des années, d'œuvrer méthodiquement à désacraliser, tantôt sournoisement et tantôt avec la plus stupéfiante insolence, cette même armée.


Comme si toutes les meurtrières machinations venues du dehors n'étaient pas encore assez, c'est sur place qu'on prétend contester à la Grande Muette l'exclusivité de la mission sacrée qui est la sienne. Qu'on la traite pratiquement en partenaire éventuel, sinon en simple force d'appoint, dans la défense de la frontière sud. Qu'on abat ses hélicoptères, sous le prétexte absolument dingue qu'ils n'auraient pas dû se trouver là où ils manœuvraient. Qu'on lui dispute même la surveillance et le contrôle de l'Aéroport international, qu'on double les réseaux de télécommunications étatiques - et même les installations propres à l'armée - de canaux parallèles.


C'est bien sur place, surtout, qu'a été instauré l'incroyable concept de périmètre de sécurité, terme désignant les zones interdites à toute force étatique, et jusqu'aux percepteurs de l'Électricité du Liban. Si puissante cependant est l'emprise du Hezbollah sur les régions chiites du pays - et là réside le comble de l'ironie - que même le fameux sanctuaire du Hermel ne saurait en réalité échapper à son influence, quelque ancienne que puisse être la tradition d'indépendance des tribus du lieu.


La même constatation s'impose - sans l'ombre d'une nuance, cette fois - à propos de ce quartier de Baalbeck où ont fusé lundi soir de honteux, d'ignobles tirs de joie célébrant le massacre des quatre militaires. Sans parler de la subversion politico-communautaire en terre égyptienne, dénoncée à grands cris ces jours-ci par les autorités du Caire, de quelle sorte de résistance à l'ennemi trouve-t-on encore l'audace de parler ?

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb

Choquante, révoltante, et de surcroît terriblement inquiétante est la mort de ces quatre soldats qui patrouillaient lundi dans la région de Baalbeck à bord de leur Land Rover.
 
Car ces quatre malheureux, qui viennent s'ajouter à la liste déjà bien longue des martyrs de l'armée, n'ont pas perdu la vie alors qu'ils accomplissaient leur devoir national en affrontant l'ennemi extérieur : ou bien alors qu'ils s'échinaient à réduire des extrémistes suicidaires retranchés avec femmes et enfants dans leurs galeries souterraines, comme il y a deux ans dans le camp de Nahr el-Bared. Ils n'ont pas été victimes non plus d'un de ces attentats terroristes qui n'ont cessé, durant les dernières années, de...