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Et les crapuleries politiques ?

En ces temps de morosité et de stagnation, de fausse unité nationale assemblée vaille que vaille au sein d'un cabinet dit d'union, en ces temps de blocage à propos de tout et de rien, de crocs-en-jambe préélectoraux entre alliés s'étant juré pourtant une amitié éternelle, tout happy end est chose assez précieuse pour être célébrée avec entrain. C'est bien le cas du kidnapping de cet adolescent dont les ravisseurs réclamaient une forte rançon, et qui ont été identifiés puis arrêtés en moins de quatre jours.

 

Sans distinction d'appartenance religieuse ou politique, le pays tout entier avait tremblé en effet pour Amine Khansa, enlevé, chloroformé, jeté dans un 4X4 et emmené en trombe alors qu'il attendait dans la rue, comme tous les matins, le passage de son bus de ramassage scolaire. Puis le pays a respiré lorsque la tanière des ravisseurs ayant été repérée, les unités de choc de la police y ont fait irruption à l'aube et sauvé le jeune garçon qui gisait, pieds et poings ligotés, sur un méchant grabat. Puis encore, le pays a vécu un instant de grande émotion au spectacle télévisé des retrouvailles familiales au domicile des Khansa. Et pour finir, le pays a applaudi d'une seule main à l'admirable efficacité des services chargés de la sécurité publique, de même qu'au zèle et à la compétence de leurs responsables.


Le fait est que la honteuse déglingue des dernières décennies d'après-guerre ne saurait faire oublier la tradition d'excellence qui est celle de la police libanaise. Sans même parler d'un fort beau palmarès en matière de lutte contre la criminalité, les jeunes générations affrontant aujourd'hui la meurtrière anarchie de la circulation ne sauraient concevoir par exemple qu'il fut un temps où la présence d'un seul motard juché sur son engin au bord de la route suffisait pour interdire aux automobilistes tout excès de vitesse, tout slalom acrobatique à travers les voies, et même tout usage abusif des phares ou de l'avertisseur.


Le fait est aussi que les épouvantables attentats des dernières années ont commandé une spectaculaire remise à niveau des forces de sécurité. Des équipements sophistiqués leur ont été livrés, elles ont été initiées aux méthodes d'investigation modernes, notamment en matière d'anthropométrie, d'analyses d'ADN et de retraçage des communications téléphoniques : tous procédés qui, depuis des années, étaient chose bien familière en réalité pour tout amateur de séries policières télévisées.


On en vient ainsi au plus surprenant, attristant et même inquiétant à la fois : pourquoi une police aussi performante ou en voie de l'être, aussi sincèrement vouée à combattre les actes crapuleux les plus divers (assassinats, rapts, vols et viols), se trouve-t-elle régulièrement impuissante dès lors que le crime se pare, si l'on peut dire, d'une coloration politique, qu'elle soit locale ou régionale ? Ainsi, des dizaines d'attentats à la bombe ont été commis ces dernières années contre le Liban ; presque tous ont fait l'objet d'enquêtes internationales, c'est vrai, sans toutefois que cela exempte le moins du monde la police locale (et avec elle la justice) de ses responsabilités et devoirs. En nombre de cas était annoncée la découverte d'indices, mais, invariablement, se refermait très vite le trou noir. C'est cette même frustration que suscite la disparition, vieille déjà de plusieurs semaines, d'un cadre supérieur de l'Aéroport international de Beyrouth, emmené par des hommes armés à proximité directe de son lieu de travail. Entre autres responsabilités, Joseph Sader, ingénieur informaticien, passait pour un des rares fonctionnaires à détenir les codes d'accès au système de surveillance électronique de la gare aérienne. Voilà qui conférerait une connotation hautement sécuritaire - et, par voie de conséquence, éminemment politique - à sa disparition : survenue, est-il seulement besoin de le rappeler, dans un secteur de la capitale où règne en maître certain parti armé.


C'est dire en définitive que nulle autorité ne peut échapper à ce cruel dilemme, même quand elle est représentée par un homme aux aptitudes professionnelles et morales aussi exceptionnellement élevées que l'actuel ministre de l'Intérieur : parler, pour l'Autorité, c'est parfois compromettre le déroulement de l'enquête et mettre en péril la vie même de la personne disparue ; s'emmurer dans le black-out en revanche, c'est risquer d'accréditer chaque jour un peu plus, auprès de l'opinion publique, la thèse du silence que seule peut commander une prudente et solide, une impérieuse raison d'État.


Mais si le silence devenait la règle, y aurait-il encore lieu de parler d'État ?

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb

En ces temps de morosité et de stagnation, de fausse unité nationale assemblée vaille que vaille au sein d'un cabinet dit d'union, en ces temps de blocage à propos de tout et de rien, de crocs-en-jambe préélectoraux entre alliés s'étant juré pourtant une amitié éternelle, tout happy end est chose assez précieuse pour être célébrée avec entrain. C'est bien le cas du kidnapping de cet adolescent dont les ravisseurs réclamaient une forte rançon, et qui ont été identifiés puis arrêtés en moins de quatre jours.
 
Sans distinction d'appartenance religieuse ou politique, le pays tout entier avait tremblé en effet pour Amine Khansa, enlevé, chloroformé,...