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L’impuissance et la gloire

La cause palestinienne figure en permanence à l'ordre du jour des rencontres arabes, sans jamais que puisse être noté le moindre progrès. Ce constat d'impuissance endémique dressé par le président Michel Sleiman frôlait la lapalissade, c'est vrai ; voilà néanmoins la seule chose de sensée surnageant au-dessus des flots de rhétorique qui ont été déversés au sommet de Doha.


Quand se trouvent réunis de la sorte le cocasse et le tragique, le ridicule, le stupide, le honteux et même l'infamant, par où donc commencer ? Pour s'en tenir à la Palestine, la conférence a doctement exhorté les frères ennemis de Ramallah et de Gaza à renoncer à leurs luttes intestines pour faire front commun contre l'ennemi. Et elle a solennellement averti que le plan de paix arabe, vieux de sept ans déjà, ne saurait attendre indéfiniment l'agrément du même ennemi : mise en garde que lançait déjà tout récemment l'auteur de ce plan, le roi Abdallah d'Arabie saoudite. Qu'adviendra-t-il lorsque sera épuisée la patience arabe, quand le dernier grain aura fini de couler au fond du sablier ? L'histoire serait bien en peine de le dire.


L'unique réalisation concrète de cette assemblée annuelle aura finalement été une charte d'honneur interdisant à l'avenir aux excellences présidentielles et têtes couronnées de s'injurier copieusement. Ce n'était guère là une nouveauté cependant, puisque ce pacte ne fait que reprendre une première mouture adoptée, la main sur le cœur, lors d'un précédent sommet. Lequel texte n'était lui-même que la consignation, noir sur blanc, d'engagements antérieurs vite oubliés.


Toujours est-il que les masses arabes manquant cruellement de perspectives aussi bien que de pain dormiront peut-être mieux désormais, à l'idée que le roi Abdallah et le président libyen Kadhafi se sont enfin réconciliés. Le premier accusait le second d'avoir cherché à le faire assassiner, à l'époque où il n'était encore que prince héritier ; à quoi le second avait riposté en se répandant régulièrement en insultes contre le monarque, le poursuivant de ses imprécations jusqu'en plein sommet de Doha. Scandale, sorties de salle, procès-verbal aussitôt nettoyé de tout propos désobligeant, tout cela ne pouvait plus se terminer que par une de ces accolades. En pensant furieusement à son khandjar.


Le carrément honteux maintenant, à savoir le spectacle d'une élite gouvernante arabe accueillant avec force manifestations de solidarité, presque avec des tapes sur le dos, pratiquement en victime ou bien alors héros, un président soudanais faisant pourtant l'objet d'un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale pour crimes de guerre perpétrés dans son propre pays. Où donc en effet irait le monde, quel tyran pourrait-il encore s'abandonner au sommeil du juste si on laissait embastiller et juger d'autres tyrans ? Dans le même et peu reluisant registre, le mot de la fin revient au truculent Kadhafi, vedette incontestable de cette mascarade au sommet qui a étalé avec hauteur, devant ses pairs arabes, ses titres (par lui-même décernés) de roi des rois d'Afrique et d'imam des musulmans. Ce n'était pas là toutefois le plus affligeant : avec 40 ans d'exercice ininterrompu du pouvoir, le leader libyen est aussi le doyen des sommets. P....., quarante ans !

 

Issa GORAIEB

igor@lorient-lejour.com.lb

La cause palestinienne figure en permanence à l'ordre du jour des rencontres arabes, sans jamais que puisse être noté le moindre progrès. Ce constat d'impuissance endémique dressé par le président Michel Sleiman frôlait la lapalissade, c'est vrai ; voilà néanmoins la seule chose de sensée surnageant au-dessus des flots de rhétorique qui ont été déversés au sommet de Doha.
Quand se trouvent réunis de la sorte le cocasse et le tragique, le ridicule, le stupide, le honteux et même l'infamant, par où donc commencer ? Pour s'en tenir à la Palestine, la conférence a doctement exhorté les frères ennemis de Ramallah et de Gaza à renoncer à leurs luttes intestines pour faire...