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Ces fées du logis…

Rien ne peut être plus cruellement ironique parfois que certains caprices du hasard. La tâche essentielle de tout ministre de l'Intérieur consiste ainsi, comme tout le monde sait, à assurer l'ordre domestique : à garantir la sécurité et la tranquillité du citoyen, qu'il se trouve chez lui, dans la rue ou dans les lieux publics.

 

Dimanche et lundi, ce sont 18 de ces douces fées du logis arabes qui se réunissaient à Beyrouth, dans le cadre des rencontres périodiques organisées par la Ligue. Ces excellences ont naturellement débattu de la lutte contre le crime et de la réorganisation du trafic routier. Mais parce que sécurité bien ordonnée commence par soi-même ; parce que même durant les studieux congrès, les ministres ont la bougeotte et se doivent d'aller présenter leurs respects aux hauts responsables du lieu ; parce que 18 ministres et leurs escouades de gorilles, cela fait des convois interminables fonçant toutes sirènes hurlantes ; pour tout cela étaient interdites à la circulation les principales artères de la capitale, et les Libanais écopaient, en cette entame de semaine, d'un embouteillage qui fera date dans les annales.


Dès lors, et en guise d'ahlan wa sahlan, nos illustres hôtes ont eu droit, ce lundi-là, aux véhémentes imprécations des automobilistes. En guise de consolation, les gens ont eu droit, eux, aux excuses du ministre Ziyad Baroud, dont la performance générale, plus qu'honorable, ne devrait pas trop souffrir, il est vrai, de ce monumental bouchon. Voilà bien une véritable première méritant d'être saluée, dans un Liban qui tire gloire de son hospitalité, mais où la courtoisie a disparu, surtout en matière de circulation.


Plus préoccupante cependant, car carrément macabre et rappelant la série noire qui a frappé le Liban ces dernières années, était cette autre ruade du hasard, par laquelle un dirigeant local de l'OLP a trouvé la mort, ce même lundi, dans un attentat à la bombe près de Saïda : cela à l'heure précise où les congressistes arabes dressaient des plans... pour mettre en échec le terrorisme. Règlement de comptes entre factions rivales ? Banale liquidation ordonnée par Israël ou par quelque autre puissance régionale ? Les interrogations sont légion, tant s'enchevêtrent dans cette partie du monde les filières assassines, tant elles trouvent ici même leur terrain d'élection.


C'est dire l'inanité de toute action concertée arabe contre le terrorisme, aussi longtemps que certains points proprement vitaux n'ont pas été clarifiés une fois pour toutes. En butte à un ennemi collectionnant allègrement les crimes de guerre, des pays membres de la Ligue ont notoirement eu recours, eux aussi en effet, au crime politique : pire encore, ils l'ont copieusement pratiqué contre d'autres pays frères. Ils ont abrité des terroristes, les ont armés et financés, et c'est aujourd'hui seulement, c'est-à-dire après avoir fini par en pâtir eux-mêmes, qu'ils s'interpellent pour mobiliser leurs ressources face à ce fléau.


Mais quid du terrorisme d'État ? Et les réconciliations entre chefs arabes, ponctuées comme à l'accoutumée de chaudes accolades, peuvent-elles vraiment garantir que les équipes de tueurs et de poseurs de bombes entretenues çà et là sont mises définitivement au chômage ? C'est là que le Tribunal spécial pour le Liban - et seul lui - laisse la porte ouverte à toutes les espérances. C'est là aussi hélas que le Liban, sacrifiant à la solidarité arabe lors de la réunion ministérielle de Beyrouth, offre le pitoyable spectacle d'un pays qui ne sait pas exactement ce qu'il veut. Comment en effet peut-on quémander pour soi-même la justice internationale et dénoncer dans le même temps celle-ci quand elle se met en action contre le bourreau soudanais du Darfour ?

Issa GORAIEB

igor@lorient-lejour.com.lb

Rien ne peut être plus cruellement ironique parfois que certains caprices du hasard. La tâche essentielle de tout ministre de l'Intérieur consiste ainsi, comme tout le monde sait, à assurer l'ordre domestique : à garantir la sécurité et la tranquillité du citoyen, qu'il se trouve chez lui, dans la rue ou dans les lieux publics.
 
Dimanche et lundi, ce sont 18 de ces douces fées du logis arabes qui se réunissaient à Beyrouth, dans le cadre des rencontres périodiques organisées par la Ligue. Ces excellences ont naturellement débattu de la lutte contre le crime et de la réorganisation du trafic routier. Mais parce que sécurité bien ordonnée commence par soi-même ; parce que même durant les...