Pour les analystes, le ciment est la structure clanique et communautaire du cercle dirigeant.
"Bachar el-Assad ne dirige pas seul le pays. Les principales décisions pour contrer les troubles sont prises par un petit groupe dirigeant qui comprend la famille Assad et ses alliés clés dans l'appareil militaro-sécuritaire", a affirmé à l'AFP Exclusive Analysis, une compagnie basée à Londres et spécialisée dans l'étude des risques.
Hafez el-Assad, qui a pris le pouvoir en 1970, a réussi à s'y maintenir durant 30 ans avant de passer le relais à son fils Bachar, en s'appuyant sur sa famille, son clan, et la minorité alaouite à laquelle il appartenait.
"Il y a entre eux un accord sur les questions fondamentales à savoir que les alaouites doivent dominer l'État et l'économie à travers le parti Baas et l'appareil militaro-sécuritaire et il n'y a pas de divergences majeures au sein de l'élite sur la nécessité d'utiliser la force à une large échelle pour étouffer les troubles", ajoute Exclusive Analysis.
Cet avis est partagé par le spécialiste de la Syrie, Thomas Pierret, qui doit enseigner en septembre à l'université d'Edimbourg.
"Tous les membres du clan au pouvoir savent que le régime n'est pas réformable, précisément à cause de sa nature familiale. On peut réformer un régime autoritaire s'il s'appuie sur des institutions solides mais pas sur un système patrimonial", assure-t-il.
Mais, les experts divergent sur la capacité du régime à maintenir sa cohésion. "L'État semble jusqu'à présent contrôler le pays et il n'y pas eu des défections de haut niveau mais la statu quo est impossible: soit les troubles se calment soit l'État explosera ou sera renversé", assure Exclusive Analysis.
Car, pour les experts de cette société, plus les troubles dureront, plus l'État devra s'appuyer sur des troupes sunnites pour mener des opérations punitives dans les régions sunnites ce qui conduira à des désertions ou à une fragmentation des forces armées sur la base confessionnelle.
Les sunnites sont majoritaires dans ce pays qui compte un forte minorité alaouite au pouvoir et une important communauté chrétienne.
"Le régime peut encore se maintenir au pouvoir quelques temps mais je crois qu'il est en train de perdre le contrôle du territoire, car les forces de sécurité ne peuvent pas être partout à la fois", pense Basma Kodmani, directrice d'Arab Reform initiative.
"Ce qui lui fait perdre le contrôle du territoire, c'est que le régime traite la situation en terme de foyers, qu'il encercle, étouffe et réprime, aussi la stratégie de l'opposition est de multiplier les foyers", explique-t-elle.
Mais d'autres sont plus prudents. "En théorie, la détermination des manifestants peut venir à bout du régime si elle parvient à mettre l'appareil militaire en état d'hyper-extension, mais cela demande une montée en puissance du mouvement qui est loin d'être acquise", assure Thomas Pierret.
Pour le professeur Volker Perthes, directeur de l'Institut allemand pour les affaires internationales et de sécurité, "le régime n'est certainement pas fini et ne se rendra pas facilement".
"Il a encore beaucoup de supporteurs alors que l'opposition est faible et commence seulement à s'organiser sur les plans national et international. Mais dans le même temps, on a passé un point de non-retour car trop de sang a été versé", affirme à l'AFP l'auteur d'un livre intitulé "Syria under Bashar al-Asad".
"Même s'il écrase la rébellion, Bachar el-Assad n'aura pas gagné car la Syrie sera isolée et souffrira", ajoute-t-il.


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