Quel spectacle désopilant de voir ces personnages, censés nous gouverner, voler la vedette à de petits chanteurs ou de mauvais acteurs de cinéma, comme s'ils se disputaient les césars et les oscars. La politique au Liban est tombée bien bas.
Je ne veux pas savoir qui a raison ou tort ; ce que je discute, c'est le discours et le comportement de ces gens qui sont en première ligne et qui donnent de notre pays une image décevante, ne reflétant pas la réalité.
Il faut avouer que nous pataugeons en plein dans l'ère de la déchéance des lois, des droits civils et civiques les plus élémentaires ; c'est le m'en fichisme le plus exacerbé. Pour observer les canons de la bienséance, je dirais simplement que la caravane de notre classe politique passe et nous crions dans le désert.
Quand vous en discutez, nombreux sont ceux qui vous rétorquent tout bonnement qu'avec ou sans gouvernement rien ne va changer. Comme ce professeur de chimie qui m'apostrophait lors de mes rares intrusions dans sa classe : « Votre présence, c'est comme votre absence, vous venez pour réchauffer les chaises. »
Le gouvernement serait-il devenu un appendice inutile ?
Hérésie ! Je laisse le soin aux hommes de droit de dire la nécessite d'une telle institution, cœur battant de tout pays démocratique, libre, ou même totalitaire. Il sert de courroie de transmission, sinon de régulateur de la vie quotidienne d'un État et de ses habitants. Sinon, c'est la loi de la jungle qui s'installe.
En fait de jungle, son roi serait, comme il est évident, en difficulté. Il est peut-être blessé, mais pas au point d'être handicapé, d'où le mot d'ordre de mettre une sourdine à la formation d'un gouvernement qui rassurerait nos visiteurs de l'été, redonnerait des couleurs à notre commerce et surtout pourvoirait aux postes sensibles qui, un à un, se vident.
Comme quoi, plus d'un quart de siècle de guerre pour les autres, il est réconfortant de noter que notre classe politique se cure toujours bien les oreilles, suivant à la lettre les rugissements venus d'outre-monts, d'outre-mer, ou d'outre-tombe. En attendant, c'est celle de tout le peuple du Liban qu'elle creuse.
Il est aberrant qu'en quatre mois, un gouvernement n'a pas pu être formé. Et pour corser encore plus les choses, un ministre se prend à démissionner d'un gouvernement déjà démissionnaire. Allez comprendre !
Allez comprendre qu'une majorité-champignon partageant - manu militari pour certains - la même obédience, a élu un Premier ministre, mais n'a pu s'entendre sur le partage du gâteau. Je n'y crois pas une seule seconde, étant certain que dans les cartons de ceux qui ont préparé de longue date cette prise de pouvoir qui, jusqu'à présent a foiré, toutes sortes de scénarios catastrophe étaient envisagés.
Tous les scénarios en effet, sauf celui où le rugissement du lion devenait à peine audible, où la bourrasque qui défeuillait les arbres a fait place à une légère brise, où la tourmente désormais s'installe, d'où émanait le vent de haine qui a longtemps détruit nos rues, nos maisons et tué sans distinction.
Les politologues et autres observateurs avertis s'accordent à dire que cette phase d'attente durera tant que la situation du lion ne s'est pas décantée. Certains assurent même que l'état de pourriture générale ira jusqu'à la fin de l'été et au-delà.
Parfait, mais le cordon ombilical, nous l'avions coupé le 14 mars 2005. Il est malheureux que certains, par leurs agissements inconsidérés, aient détourné à leur profit le fruit de cette journée et lié à nouveau par des chaînes en acier trempé cette fois notre destin à nos tuteurs d'antan, sans compter ceux qui, à l'ombre des machinations, continuent à se jouer de nous.
Alors sombrera, sombrera pas, et nous avec ? Seul l'avenir nous le dira. En attendant, il y a plus urgent : sortir de ce guêpier où nous nous sommes, par la grâce de Dieu et de son parti, fourrés.
Le pacte national qui tempérait les provisions de la Constitution a été dynamité par l'accord de Taëf, les présidents de la République, de la Chambre et du Conseil sont désormais élus par le même collège électoral et, partant, ils seraient sur un pied d'égalité.
Question légitimité, la porte est grande ouverte à toutes les interprétations, aucun des trois n'a prise sur l'autre, les effets de levier ont disparu, chacun d'eux peut entamer la ritournelle qui lui convient, sans avoir des comptes à rendre. Souvenez-vous, la Chambre en vacances forcées dix-huit mois durant et maintenant un gouvernement qu'on ne veut pas, ou qu'on n'arrive pas à former.
Trois capitaines sur un même navire finiront au mieux par le couler. Le pouvoir ne se partage pas, il s'aménage. Sans toucher aux fondamentaux de Taëf, à la répartition confessionnelle des trois présidences, il y lieu, instruits par deux décennies de déboires, de revoir cette copie et de remédier à ses lacunes.
Le Liban est riche en juristes de renom et constitutionnalistes chevronnés : mettons-les à contribution et, une fois pour toutes, sauvons notre pays.


Israël Katz assure que l’armée israélienne « conservera sa liberté d’action militaire » au Liban malgré la nouvelle trêve