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Nos lecteurs ont la parole

Un poisson pourrit par la tête

Ibrahim TABET
Aspiration légitime et universelle à plus de démocratie et de libertés, ras-le-bol envers des dictateurs (ou des dynasties, comme en Syrie) accrochés au pouvoir depuis des lustres, enrichissement illicite de leur part et de celui de leurs entourages, corruption, pauvreté, chômage... Les motifs du soulèvement des peuples arabes étaient en place, même si personne ne l'a vu venir. Certes, loin d'être autocratique, le régime politique du Liban souffre plutôt de la faiblesse congénitale de l'État et de l'existence d'un État dans l'État. C'est pourquoi le pays n'a pas été gagné par le « printemps arabe ». En revanche, son secteur public est aussi corrompu avec des conséquences économiques dévastatrices. À la différence que chez nous la corruption n'est pas due à l'autoritarisme, mais surtout au confessionnalisme, ce qui la rend sans doute plus difficile à éradiquer. D'abord, parce que les chefs politiques des principales communautés religieuses s'entendent comme larrons en foire pour se partager le gâteau et se protéger mutuellement de tout risque d'inculpation. Ensuite, car toute accusation de corruption à l'encontre d'un des membres de la troïka ou d'un ministre serait perçue comme visant sa communauté à travers lui. Ces mauvais exemples venus d'en haut n'ont pas contribué à l'enracinement de la culture de l'absence du devoir de rendre compte et de la transparence au Liban.
Certes, l'histoire du pays a été émaillée de plusieurs scandales de corruption impliquant les plus hautes autorités de l'État, ils n'ont presque jamais abouti à des poursuites judiciaires et encore moins à des condamnations. Et s'il existe un groupe de parlementaires contre la corruption qui œuvre sérieusement pour une meilleure gouvernance, la plupart des campagnes anticorruption menées par les politiciens ont un caractère de règlement de comptes visant leurs adversaires politiques. Mais dans la mesure où ils sont souvent eux-mêmes sujets à caution, leurs diatribes partisanes n'ont aucune crédibilité. C'est le cas en particulier de celles du Hezbollah, qui détourne à son profit une grande partie des revenus de l'État à travers des pratiques illicites. Sans compter que le fait d'être financé et armé par une puissance étrangère est totalement illégal. Autrement plus crédibles sont les initiatives anticorruption et en faveur d'une meilleure gouvernance des organisations de la société civile. Mais la plupart du temps elles évitent de s'en prendre aux plus hauts responsables politiques, s'attachant surtout à dénoncer les dysfonctionnements de l'administration publique et à prôner des réformes institutionnelles. Mais il ne suffit pas de dénoncer la corruption multiforme qui caractérise les rapports des citoyens avec l'administration. Pas plus que de prôner des réformes administratives et une justice plus indépendante. Ou bien d'inculper tel ou tel fonctionnaire pour l'exemple. Partant du principe qu'un poisson pourrit par la tête, ce qu'il faudrait c'est s'en prendre aux symboles de la corruption. Que présidents et ministres ne soient plus assurés de l'impunité. Il existe bien des lois et des règlements dans ce sens, mais ils ne sont pas appliqués. Et les institutions compétentes n'exercent pas leurs prérogatives.
En Tunisie et en Égypte, deux anciens chefs d'État et plusieurs ministres sont poursuivis pour enrichissement illicite. L'épouse du président égyptien a été contrainte de reverser à l'État une partie de sa fortune considérable pour échapper aux poursuites. Ce précédent ainsi que la fenêtre d'opportunité ouverte par le « printemps arabe » sont une occasion unique pour lancer une campagne visant à mobiliser la société civile afin de réclamer la mise en jugement des dirigeants libanais soupçonnés d'enrichissement illicite. Les plus habilités à en prendre l'initiative sont les organisations de la société civile. C'est le cas notamment de la « Lebanese Transparency Association (LTA), dont la mission est justement de promouvoir les principes de la bonne gouvernance et de lutter contre la corruption en proposant des réformes à cet effet. Bien que n'ayant pas pour vocation de dénoncer des cas particuliers de corruption, elle joue un rôle-clé dans le cadre de cette lutte, en partenariat avec d'autres parties prenantes (ONG, médias parlementaires...). C'est ainsi qu'elle vient d'organiser, le 10 mai, une rencontre régionale à Beyrouth réunissant des délégués de ses homologues dans plusieurs pays arabes afin d'analyser les causes et la portée historique du formidable réveil de leurs populations et de proposer des initiatives anticorruption en Afrique du Nord et au Moyen-Orient. Les participants à la réunion ont souligné l'importance du rôle moteur joué par la jeunesse et du pouvoir mobilisateur des nouvelles technologies de la communication et de l'information dans cette nouvelle « nahda » qui, à la différence de la précédente, ne concerne pas uniquement une petite intelligentsia. C'est pourquoi, toute stratégie de communication anticorruption au Liban doit en tenir compte. Notamment en développant une campagne ciblant la jeunesse engagée à travers les réseaux sociaux, Facebook, Twitter et YouTube. L'avantage de ces médias tient à la fois à leur caractère interactif (faculté d'échanger et de partager des faits, des opinions et des témoignages) et « viral » (effet boule de neige à travers la diffusion d'images et de vidéos). Pionniers dans la défense des libertés dans le monde arabe, les Libanais ne doivent pas être à la traîne dans le mouvement consistant à mettre fin à l'impunité de leurs dirigeants et à utiliser les nouveaux médias dans ce but.

Ibrahim TABET
Aspiration légitime et universelle à plus de démocratie et de libertés, ras-le-bol envers des dictateurs (ou des dynasties, comme en Syrie) accrochés au pouvoir depuis des lustres, enrichissement illicite de leur part et de celui de leurs entourages, corruption, pauvreté, chômage... Les motifs du soulèvement des peuples arabes étaient en place, même si personne ne l'a vu venir. Certes, loin d'être autocratique, le régime politique du Liban souffre plutôt de la faiblesse congénitale de l'État et de l'existence d'un État dans l'État. C'est pourquoi le pays n'a pas été gagné par le « printemps arabe ». En revanche, son secteur public est aussi corrompu avec des conséquences économiques dévastatrices. À la différence que chez nous la corruption n'est pas due à l'autoritarisme, mais surtout au confessionnalisme,...
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