Sans un code électoral équitable autant qu'équilibré, dégageant un taux de représentativité raisonnable (aucun système ne permet, en fait, d'atteindre le top), il n'est ni démocratie véritable ni État de droit. En effet, dans un régime républicain, c'est le peuple souverain qui décide, en principe. Sauf, comme c'est le cas chez nous, quand sa volonté est détournée, tronquée, biaisée, par des dispositions de spoliation des droits, dont l'égalité entre régions, communautés, corporations et électeurs.
Aujourd'hui, les forces politiques affûtent leurs armes dans la perspective des élections législatives de 2013. Tout le monde affirme rejeter le maintien de la formule viciée de 1960. Mais, bien évidemment, les avis de départ divergent fortement. Levant l'étendard d'une refonte en profondeur, Carlos Eddé, Amid du BN, descend en flèche le scrutin plurinominal, au profit de l'uninominal. Cependant, il n'apprécie pas la proportionnelle.
Poursuivant, pour sa part, une bataille d'arrière-garde, Hussein Husseini, père spirituel de Taëf, répète qu'accommodé à la sauce de la proportionnelle, le processus électoral aurait nettement émoussé le dangereux mordant de la rivalité entre le 8 et le 14 Mars. Alors que la formule retenue ne fait qu'attiser un clivage aux forts relents confessionnels, ainsi qu'un redoutable esprit de vainqueur et de vaincu, de lutte pour abattre l'adversaire, générant nécessairement de la rancune, ce poison nocif pour tout le corps national, après la proclamation des résultats. Avec, bien évidemment, effets négatifs sur la coexistence et sur l'unité du pays. Sans compter que la formation d'un gouvernement tournerait alors presque à la quadrature du cercle, dont on ne sortirait sans doute que par un arrangement bancal menant droit au mur et à la crise. Car l'alternative offerte n'a rien de réjouissant : soit une équipe mise en place, en solo, par la majorité et que l'opposition n'hésiterait pas à contrer par tous les moyens, légaux ou pas ; soit un cabinet bis de soi-disant union, avec tiers de blocage, et l'on voit trop bien, déjà, ce que cela donne.
Émulation
Sur le plan électoral technique, Hussein Husseini relève que la proportionnelle aurait profondément modifié, en mieux, le tour que prend la compétition entre les candidats potentiels de second rang, pour être cooptés d'abord sur des listes fortes, soit en se réclamant d'appartenir à un parti en vue, soit en recourant à la puissance séductrice de l'argent. Selon lui, avec la proportionnelle, la course se serait résumée, pour les complémentaires, à des figures de proue locales disposant d'un bon capital de voix. Des notables qui n'auraient pas besoin de se faire inscrire sur des listes majeures, au prix de quelconques compromissions.
On sait que le président Husseini, accompagné de cadres du centre civique pour l'initiative nationale, a remis à Michel Sleiman un mémoire sur les législatives et sur les contours d'une loi électorale répondant aux aspirations des électeurs, tout en permettant de cimenter une union nationale bien comprise. Ce qui entraînerait ipso facto une vraie solution à la crise de pouvoir récurrente dont souffre le pays. Le texte plaide, évidemment, pour la proportionnelle et contre le système majoritaire qui dénature le concept de représentativité, en livrant le Liban non pas à l'ensemble de ses fils, comme le veut le pacte, mais à ceux qui disposent de la force, de l'argent, et qui jouent sur la fibre confessionnelle en s'appuyant sur des ressources et des soutiens extérieurs.
Les dirigeants auraient eux-mêmes souhaité la proportionnelle, mais ont dû s'incliner devant la volonté de la Chambre, qui avait décidé la formule majoritaire. Le ministre de l'Intérieur, Ziyad Baroud, invite ainsi le Parlement à élaborer une nouvelle loi électorale basée sur la proportionnelle. Il prépare lui-même un projet de loi pour les élections estudiantines retenant cette formule.
Il est en tout cas clair que l'âpreté de la bataille électorale se trouve intensifiée par le fait qu'elle se limite, pratiquement, à deux forces opposées, le 14 et le 8 Mars. D'où un risque accentué de dérapages sécuritaires avant et pendant le scrutin. Il est également évident que ce danger se trouverait doublé si l'on devait donner satisfaction à ceux qui réclament que l'opération électorale s'étale sur deux éditions consécutives, voire plus. On entend de la sorte Nabih Berry déclarer que « si la situation reste la même, les élections pourraient avoir lieu en quatre ou cinq étapes. Bien que, tempère-t-il, la décision de les organiser en un seul jour constitue en soi une importante mesure de réforme. Car les résultats d'une tranche déterminée n'influent plus sur le climat des phases en attente ».
Le ministre Ibrahim Chamseddine note, pour sa part, qu'en cas de visées malintentionnées, il est possible de voir éclater des troubles dans un tout autre site que la zone que l'on aura songé à protéger. À son avis, la journée unique représente une expérience démocratique et administrative dont les avantages surclassent de loin les inconvénients. Il se dit certain que les dispositions sécuritaires prises par les ministères de l'Intérieur et de la Défense, entendre par la police et l'armée, seront suffisantes.

