Selon des professionnels, ce souci pointilleux de la sémantique signifie que la communauté chiite refuse que l'on touche à l'armement de la résistance menée par le Hezbollah. Et refuse que l'État s'en mêle, même en tant que potentiel régulé, éventuellement utilisable pour la libération du territoire. Pour tout dire, c'est comme si l'État n'était pas concerné par le droit du Liban. Et qu'il est considéré, en réalité, comme restant l'apanage usurpé de communautés déterminées qui y sont représentées, alors qu'une autre ne l'est pas... Ce qui explique une vision différente de la fonction de l'armement.
Le Conseil supérieur est le porte-parole officiel de la communauté chiite, n'en déplaise aux Assaad, Beydoun et autres Chamseddine qui protestent contre la mainmise du Hezbollah et d'Amal. Pour cet organisme, ni un sommet spirituel, ni une table de dialogue, ni même un sommet arabe ne peuvent définir le rôle de l'armement résistant sans l'aval de la communauté chiite. Ces réserves sur le manifeste publié par le sommet spirituel tenu à Bkerké, le patriarche Raï les qualifie de politiques. Elles distinguent le droit de l'État du droit du Liban, comme s'ils sont dissociables. Ou comme si l'État englobe des communautés déterminées et pas d'autres. Ce qui serait contraire à la Constitution comme au pacte national. On sait que la table de dialogue national a capoté sur la stratégie défensive, donc de l'armement. En fait, le Hezbollah refuse d'en discuter. À preuve qu'il a été le seul à ne pas présenter une étude résumant ses vues sur la question. Finalement, son allié, le général Michel Aoun, a prononcé le faire-part de décès du processus, qualifié de dialogue de sourds.
Or, ce problème est identique à l'armement qui était aux mains des organisations palestiniennes, puis des milices libanaises, et que l'on n'a pu régler qu'à Taëf, après d'innombrables guerres et l'entrée des troupes syriennes. Un accord qui a fait taire le canon et arrêté les hostilités, sans toutefois en traiter les causes, même après trente ans de tutelle syrienne. L'armement palestinien prétendait avoir pour mission de libérer la Palestine à partir du territoire libanais. Cela avec l'appui d'une frange représentant la moitié des Libanais. En parallèle, cette partie, à l'exception de Kamal Joumblatt, et on sait le sort terrible qui lui a été réservé, a également soutenu la présence permanente des troupes syriennes. Sous le même prétexte qu'elle se trouvait justifiée tant qu'Israël occupait une partie du pays. Un prétexte inusable, puisque l'on s'y réfère de nouveau pour légitimer l'armement du Hezbollah. Ce qui revient à dire, en pratique évidente, qu'il n'y a aucun espoir de voir émerger un État digne de ce nom, seul maître du territoire dans son intégralité, comme de la décision de guerre ou de paix et de l'armement. De nouveau, donc, un État dans l'État, comme du temps des Palestiniens ou encore des Syriens.
On se demande dès lors comment des cadres du 8 Mars soutiennent vouloir un État fort. Comment cela peut-il se faire en présence d'un armement hors légalité sacralisé, placé au-dessus de la loi étatique. Tout comme l'avait été celui des milices palestiniennes et libanaises ou des troupes syriennes, dont la mainmise était sollicitée par des gouvernants locaux acquis à Damas, sous la devise « présence indispensable, légitime et provisoire », au mépris de la souveraineté libanaise. Dans plusieurs résolutions, la 1701 notamment, le Conseil de sécurité de l'ONU ordonne le désarmement des milices, Hezbollah en tête. Mais prenant acte des risques pour la paix civile et de l'impossibilité de désarmer le parti chiite de force, l'ONU a clairement consenti que la question soit réglée par les Libanais entre eux, à travers une formule de régulation de l'armement dit résistant. Ce que le Hezb refuse.

