Sur le plan chrétien, plus exactement maronite, le patriarche Raï a réussi à réunir les quatre leaders de la communauté, malgré leurs différends, voire leur antagonisme. Résultat des courses : la cessation des hostilités médiatiques et une perspective de nouvelles retrouvailles, pour mieux rapprocher les positions, encore si opposées. Sur le double plan interne et national.
Cet effort devant être doublé, toujours sur l'initiative du nouveau maître de Bkerké, d'un sommet spirituel islamo-chrétien, pour un renforcement moral, politiquement utile, du front intérieur comme de la coexistence. Sur base d'un pacte prohibant les débats conflictuels qui portent atteinte à l'unité nationale.
Cela étant, les dignitaires religieux sont, par définition même, mieux portés à s'entendre que les pôles civils. Le défaut de la cuirasse, peut-on dès lors se demander, réside-t-il donc dans le confessionnalisme politique ou dans la politique confessionnelle ?
Dans tous les cas, le sommet religieux ne servirait pas à grand-chose s'il n'était pas conforté par les résultats d'une large concertation politique. Pour traiter la question de l'armement hors légalité tourné vers l'intérieur. Ainsi que le pressant problème des effets de l'acte d'accusation attendu dans l'affaire de l'assassinat du président Rafic Hariri, et contre lequel le Hezbollah s'insurge violemment.
Péril
Ces contradictions exposent le Liban au souffle des vents extérieurs qu'il faut contrer. Surtout qu'ils proviennent désormais du tout proche environnement syrien. La stabilité intérieure risque d'en pâtir fortement, avec des retombées sinon sécuritaires, du moins socio-économiques et politiques, comme on le constate déjà.
Il est clair, en effet, que sans stabilité assurée par le dialogue national, il ne saurait être question de préserver l'apport des investissements, sans même parler du rêve, déjà hors de portée, d'une prospérité retrouvée.
Le tout premier point, c'est que le Hezbollah doit s'engager sérieusement à n'utiliser son armement qu'en cas d'agression israélienne, et non plus dans ces rééditions du 7 Mai qu'il a perpétrées à l'aéroport, à Bourj Abi Haïdar ou dans la clinique.
Une précision : ce parti doit également éviter de se livrer à des provocations, comme en juillet 2006, donnant à Israël un prétexte facile d'attaquer le Liban. D'autant que, cette fois, les dirigeants israéliens menacent de tout détruire dans notre pays, toutes ses infrastructures, et de s'en prendre à l'armée autant qu'au Hezbollah.
Peut-être est-ce trop demander, trop attendre de la milice, mais la logique nationale voudrait que même face à Israël, même en cas de guerre israélo-irano-syrienne, l'armement du Hezbollah ne soit utilisé que sur décision de l'État libanais. Le toit, le tronc, commun. Il est en effet évident qu'un affrontement dont l'opportunité diviserait les Libanais entre eux ne peut mener qu'à la défaite.
L'économie ne s'en relèverait pas, et le peuple libanais, qui a tant enduré depuis 1975, non plus. Il est grand temps que les leaders nationaux se retrouvent à Baabda, pour adopter les dispositions protégeant la paix civile bien comprise, et permettant une meilleure résistance économique et financière, face aux dangereux développements régionaux. Et au risque d'une guerre israélienne. Ou encore d'une aventure militaire syrienne, sous prétexte de récupérer enfin le Golan, pour couper court à la révolte intérieure, avec l'aide éventuelle de l'Iran et de son potentiel. Comme avec l'ouverture du front libanais, le Sud en tête. Il faut donc un accord national, pour assurer la neutralité libanaise, comme cela avait été le cas durant la guerre d'octobre entre l'Égypte et la Syrie d'une part et Israël d'autre part. Par une telle décision commune, les leaders locaux mériteraient bien de la patrie et de son peuple. Il reste à savoir si le Hezbollah peut se laisser convaincre de jouer cette carte...
Il convient de rappeler, enfin, que la crise ministérielle qui se prolonge a causé le fait que l'excédent budgétaire de 15 % s'est transformé en déficit de 5 %. La ministre des Finances, Raya el-Hassan, signale que son département est actuellement en quête de ressources, d'emprunts nouveaux pour tout dire, pour payer les fonctionnaires. Elle met en garde contre le recul, de plus en plus accentué, du taux de croissance et du manque de confiance généralisé, du fait de la désastreuse situation politique. Surtout qu'à la mi-mai, il faudra régler un milliard de dollars, pas moins, pour les intérêts de la dette extérieure.

