La préfecture de Rome a évalué à « plus d’un million » le nombre de fidèles présents pour la béatification de Jean-Paul II dans la capitale, dont des centaines de milliers place Saint-Pierre et dans les rues adjacentes, inconditionnels de celui que certains surnomment déjà « Karol le Grand » et considèrent comme un « saint ». Polizia di Stato/ Massimo Sestini/Reuters
Dans les témoignages recueillis parmi les fidèles sur ce qu'avait apporté Karol Wojtyla, venait en premier lieu le mot « espérance », mais aussi « joie » d'être chrétien, « courage » et « s'engager pour le Christ ». « Le phénomène montre un intérêt extrêmement fort de personnes très diverses sur les questions touchant aux fins ultimes de la condition humaine » que Jean-Paul II a posées avec passion, selon le vaticaniste Sandro Magister. « Les sociétés sécularisées ne parviennent pas à les supprimer. Le phénomène Jean-Paul II symbolise ces interrogations. » Et le succès de la béatification « est un rappel à l'Église de ne pas renoncer à ce pourquoi elle existe : livrer des réponses fortes », ajoute cet expert.
Le scandale de pédophilie, qui a éclaboussé l'Église et sur lequel Jean-Paul II se voit reprocher de ne pas avoir porté son attention, était totalement absent de la journée. Les fidèles étaient venus honorer un homme qui leur parlait de leur relation à Dieu. Ce qui ne veut pas dire que, dans bien des pays, les Églises ne soient pas en crise profonde, que les critiques et doutes sur le clergé ne soient pas vifs. Fortes réticences sur le préservatif sur une planète dévastée par le sida, refus de remettre en cause le célibat des prêtres ou d'accepter l'ordination des femmes... Les questions sont tangibles pour nombre de catholiques dans le monde.
Lors de son homélie, Benoît XVI a inscrit l'action de son prédécesseur dans l'inspiration fondamentale du concile Vatican II (1962-1965), qui était que l'Église devait redescendre sur terre et s'ouvrir au monde. « Cette charge d'espérance qui avait été cédée en quelque sorte au marxisme et à l'idéologie du progrès, Jean-Paul II l'a légitimement revendiquée pour le christianisme, en lui restituant la physionomie authentique de l'espérance », a-t-il argumenté. Jean-Paul II avait renouvelé les rapports de l'Église au social, au culturel, à la raison, à la science, même à la conception du corps et de la sexualité, des thèmes qu'il abordait concrètement, même si c'était pour en avoir une conception très rigide. Benoît XVI continue sur cette lancée visant à « revendiquer » pour l'Église une place dans les débats et les options qui s'ouvrent aux hommes. Le pape allemand, à sa manière professorale, « ne s'arrête pas aux interrogations, il donne des réponses très argumentées qui ne tombent pas du ciel, il ne cesse d'expliquer », souligne Sandro Magister.
Conscient de l'intérêt que conserve le message chrétien, l'intellectuel Benoît XVI, comme Jean-Paul II, ne redoute pas la confrontation des idées avec le monde sécularisé.
(Source : AFP)


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