Docet avait accompli sa première grande aventure en 2007 et 2008 en traversant à pied d'Ouest en Est, seul et dans d'effroyables conditions climatiques, le Grand Nord canadien. /
"L'homme-saumon" va suivre en sens inverse la route de ces poissons qui remontent depuis l'Atlantique les cours des deux fleuves, pour venir frayer en amont de Langeac.
Il s'est mis à l'eau à 13h00, équipé de sa combinaison néoprène, de son hydrospeed (luge d'eau qui sert de bouclier sur les obstacles), et tractant un radeau gonflable sur lequel est fixé son barda de 50 kg (tente, matériel de bivouac, nourriture, vêtements et une petite centrale solaire portable).
"Le débit est très faible. La profondeur de la rivière est de quelques dizaines de centimètres. Ca va racler sur les cailloux. C'est un départ difficile", a-t-il dit.
La première étape de "mise en nageoires" est d'une quinzaine de km avant le premier bivouac sur les berges de La voûte Chilhac, un bourg de quelque 300 habitants en aval de Langeac.
"Les entraînements en pleine eau vive étaient faciles. Je vais voir aujourd'hui si j'ai eu les yeux plus gros que le ventre..." a lâché Fabien Docet avant de s'immerger dans l'élément liquide à 14°C.
Originaire de Saint-Philbert-du-Peuple, un village de 1 300 âmes du Maine-et-Loire au coeur de l'Anjou, Docet, avait accompli sa première grande aventure en 2007 et 2008 en traversant à pied d'Ouest en Est, seul et dans d'effroyables conditions climatiques, le Grand Nord canadien.
Son défi est audacieux et dangereux. Les pièges recelés par l'Allier et la Loire sont nombreux, souvent mortels et chaque année porte son cortège de noyades.
C'est au Bec d'Allier, à Nevers, qu'il rencontrera la Loire dans une quinzaine de jours, après avoir nagé quelque 300 km.
L'endroit est bien connu des amoureux de la nature. Site protégé, le confluent est peuplé de castors, de canards, de ragondins ainsi que de nombreuses espèces d'oiseaux migrateurs.
Quant aux dangers (il les a tous affrontés au Canada), ils seront d'un ordre différent, mais tout aussi importants. Outre les risques d'entrer en collision avec tout objet, troncs ou branches d'arbres à la dérive, ce sont les "courants de rappel" dont il devra se méfier le plus.
Ces courants anarchiques bousculent le cours normal d'un fleuve. Ils sont provoqués par des piles de pont ou par l'approche de barrages.
"Ils forment des tourbillons qui vous aspirent et vous maintiennent entre deux eaux. La seule façon d'en sortir est par le bas, explique Fabien Docet. Il faut plonger au plus profond pour y échapper".
Reste enfin un dernier écueil à dépasser: la baignade, sur les cours de l'Allier et de la Loire est interdite.
"L'homme-saumon" a évidemment prévenu les autorités, mais n'a reçu aucune autorisation dérogatoire du règlement commun.
"Comme d'habitude, c'est à mes risques et périls... Je suis même verbalisable", s'amuse-t-il.
Mais samedi à Langeac, les gendarmes sont restés invisibles.

