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Liban - Le Commentaire

Retour à la case « ni vainqueur ni vaincu » ?

Le président Nagib Mikati va-t-il se retrouver à la tête d'un gouvernement obéissant au principe bien libanais du ni vainqueur ni vaincu, cher à l'ancien président Saëb Salam? La question se pose car par temps de crise, de divisions aiguës, ou après les guerres, c'est cette formule qui prévaut chez nous. En 1943, avec le départ des Français, l'autorité libanaise s'était relativement libérée des influences étrangères, mandataire en tête. Le président de la République s'est mis à désigner de son propre chef les chefs de gouvernement et les ministres. Puis Taëf a soumis ce processus à des consultations parlementaires contraignantes.
Le premier gouvernement de l'indépendance, dirigé par Riad Solh, n'était pas conforme au principe ni vainqueur ni vaincu, car tous les Libanais étaient absolument d'accord sur l'indépendance. Des divergences se manifestant quand même sur les moyens de la protéger. Il y a eu ensuite la révolution blanche de 1952, qui a mis fin au régime du président Béchara el-Khoury, dont le puissant parti, le Destour, était sorti perdant de l'épreuve. Son successeur, le président Camille Chamoun, a refusé de laisser la contestation triomphante, à savoir le Front socialiste national, composé de quelque dix figures de proue, former le gouvernement. Car la majorité destourienne qui subsistait au Parlement comprenait encore plus d'une cinquantaine de membres. Sauf dissolution, cette Chambre aurait donc refusé la confiance à tout cabinet frontiste. Le président Chamoun s'est donc rabattu sur une équipe extraparlementaire dirigée par l'émir Khaled Chéhab qui, lui-même, n'appartenait pas au fameux club des présidentiables comprenant des Solh, des Salam, des Karamé ou des Jisr.
Le tout premier essai de former un gouvernement sous le président Fouad Chéhab au sortir des événements sanglants de 1958 s'était soldé par un échec. Les Kataëb y avaient vu, en effet, un gouvernement de vainqueur et de vaincu, donc de parti pris. Car la révolte musulmane y était représentée par un chef de file politique de fort calibre, le président Rachid Karamé, alors que la fraction chrétienne était représentée par Youssef Saouda, et non par l'aile combattante qu'incarnait le parti de Pierre Gemayel. Le cabinet a démissionné avant de se présenter devant la Chambre pour laisser place à la célèbre formation des Quatre, deux musulmans et deux chrétiens de premier plan, parfaite illustration de l'équation ni vainqueur ni vaincu. Ou, si l'on préfère, de la balance égale et du un partout.
Retour aux extraparlementaires, plus tard, pour le premier gouvernement du régime Charles Hélou. Dirigé par Hajj Hussein Oueini, il comprenait des sommités de la société civile plutôt que des professionnels de la politique, à l'image de Georges Naccache, le grand journaliste, du juriste de renommée mondiale Edmond Gaspard, du diplomate de haut vol Fouad Ammoun, d'Amine Beyhum, Joseph Najjar et Mohammad Knio.
Seul Saëb Salam appartenait au Parlement sous le premier gouvernement qu'il avait été chargé de former lors de l'avènement du président Sleimane Frangié, en 1970. Baptisé « gouvernement des jeunes », il englobait Ghassan Tuéni, Henri Eddé, Hassan Moucharrafyeh, Saëb Jaroudi, Édouard Sauma, Jamil Kebbé, Émile Bitar, Élias Saba, Jaafar Charafeddine, Mounir Hamdane, Khalyl Abouhamad. Le cabinet avait obtenu la confiance par 76 voix, contre un seul bulletin négatif. À cette époque bénie, les députés n'exigeaient pas de devenir ministres pour voter oui...
Mais la guerre était aux portes. À la fin du mandat Frangié, deux cabinets successifs, dirigés l'un par Amine el-Hafez et l'autre par le général Noureddine Rifaï, n'étaient pas parvenus à comparaître devant la Chambre. Puis le président Élias Sarkis a dû, à son tour, se résigner à former un premier gouvernement d'extraparlementaires, dirigé par le président Sélim Hoss. Parce que les protagonistes de terrain avaient refusé la formule de cabinet d'union nationale, ni vainqueur ni vaincu, qu'il proposait.
De même pour le premier cabinet du régime Amine Gemayel. Présidé par Chafic Wazzan, il comprenait Élie Salem, Roger Chikhani, Pierre Khoury, Ibrahim Halawé, Bahaeddine Bsat, Adnan Mroué, Issam Khoury et Georges Efrem. Mais à la fin de son mandat, le président Gemayel n'a pas été en mesure de former un cabinet de coalition pour gérer l'échéance de la présidentielle qui se présentait. Il a donc dû remettre le pouvoir à un gouvernement de militaires dirigé par le général Michel Aoun et dont les trois membres musulmans ont aussitôt démissionné. Tandis qu'à Beyrouth-Ouest, en sécession, le président Sélim Hoss prenait le relais de Rachid Karamé, qui avait été assassiné, à la tête d'un deuxième gouvernement.
Après Taëf, la valse et le contenu de la valise n'avaient plus d'importance puisque les Syriens orchestraient tout. Aujourd'hui, avec les difficultés du président Mikati, la question se pose de nouveau : va-t-on vers un cabinet d'extraparlementaires ?
Le président Nagib Mikati va-t-il se retrouver à la tête d'un gouvernement obéissant au principe bien libanais du ni vainqueur ni vaincu, cher à l'ancien président Saëb Salam? La question se pose car par temps de crise, de divisions aiguës, ou après les guerres, c'est cette formule qui prévaut chez nous. En 1943, avec le départ des Français, l'autorité libanaise s'était relativement libérée des influences étrangères, mandataire en tête. Le président de la République s'est mis à désigner de son propre chef les chefs de gouvernement et les ministres. Puis Taëf a soumis ce processus à des consultations parlementaires contraignantes.Le premier gouvernement de l'indépendance, dirigé par Riad Solh, n'était pas conforme au principe ni vainqueur ni vaincu, car tous les Libanais étaient absolument d'accord sur...
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