Des soulèvements populaires dans les différents pays arabes se sont répandus comme une traînée de poudre, à commencer par la Tunisie ; mais personne n'a rien vu venir de cette première révolution avec l'effondrement du régime de Ben Ali, qui a été suivie par l'autre puis les autres « révolutions arabes ». Ni les politiques, ni les diplomates, ni les députés, ni les ministres, ni les présidents des différentes républiques démocratiques occidentales ou arabes, modérés ou extrémistes, ni les politologues, ni les géopoliticiens, ni les différents services secrets, à moins que ces derniers n'aient donné l'alerte aux politiques sans que ces derniers n'aient réagi, cru, voulu ou pu réagir.
Un point commun à tous ces soulèvements : il s'agit partout de régimes totalitaires à la tête desquels des présidents, de père en fils, à vie, ou des guides non soumis au suffrage du peuple. Bref, ce que l'on appelle des dictateurs.
Vous remarquerez que le Liban ne figure pas dans notre analyse, n'étant pas une dictature même s'il occupe une position, peu enviable, coïncé entre Israël d'un côté et la Syrie de l'autre, et bien que sa situation géographique soit propice à l'émergence d'une dictature - qui n'a jamais vu le jour.
D'ailleurs, paradoxalement, le Liban n'est pas en ébullition comme les autres pays arabes. Cela dit, il n'est pas du tout à l'abri de secousses comme d'autres pays répondant à la même logique que celle qui a prévalu pendant quinze années, quand il a été le théâtre des guerres des autres.
Je n'inclus pas, non plus, dans cette analyse, les différentes agressions d'Israël à l'encontre du Liban en 1978, 1982 et l'occupation du sud du pays jusqu'en 2000, ainsi que la dernière en date, de juillet et août 2006. Je ne parlerai pas non plus de la Palestine, de l'Autorité palestinienne, du Hamas ou du conflit israélo-palestinien. La première « intifada » date des années 80 ; elle est demeurée sans répercussion positive ni pour les Palestiniens des territoires occupés ni pour la bonne marche d'un hypothétique processus de paix.
Les dictateurs sont là, pour la quasi totalité, depuis plus d'une trentaine d'années, c'est-à-dire depuis la dernière guerre arabo-israélienne de 1973. La date ici est importante à retenir parce que, depuis, plus aucune guerre n'a été entreprise par ces pays arabes, pas même lorsque les Palestiniens de Gaza ont été lâchement et longuement bombardés, hermétiquement coincés par Israël certes, mais surtout par l'Égypte de Moubarak - probablement pour des raisons évidentes de déséquilibre des forces, à l'avantage d'Israël évidemment. Il faut rappeler à ce propos que depuis la création d'Israël, quatre guerres ont eu lieu, toutes à l'avantage de l'État hébreu (1948, 1956, 1967, 1973).
Le monde entier s'était accommodé de ces dictatures quand l'Occident (USA, Europe) n'a pas été directement à l'origine de leur installation.
Une question que l'on pourrait se poser : pourquoi des pays aussi avancés socialement et économiquement peuvent-ils être à l'origine de la mise en place de dictatures, un contre-modèle de celui qu'ils prônent partout et qui défend les droits de l'homme ? Ces dictateurs ont même été des partenaires économiques ainsi que des amis des démocraties (voire les démêlées qui ont eu raison de Michèle Alliot Marie, celle qui a payé pour tous).
Parmi les dictatures arabes, il y a celles qui ont du pétrole : Irak (Saddam Hussein renversé en deux temps et pays occupé par les USA), l'Arabie saoudite (clan des Saoud et grand allié des USA), les pays du Golfe (Koweït, pour lequel la coalition occidentale autour des USA s'est rapidement mise en place au moment où Saddam l'avait envahi), Bahreïn (dont les ressources sont pratiquement taries), la Libye (Kadhafi et son régime tribal en proie aux bombardements de l'OTAN), l'Algérie (Bouteflika).
Parmi les dictatures qui n'ont pas de pétrole, il y a celles qui entourent Israël : l'Égypte (Moubarak lâché par les USA), la Jordanie (roi hachémite, sous perfusion US), la Syrie (clan Assad en proie à des bouleversements).
Celles qui n'entourent pas Israël, de la péninsule Arabique et de l'Afrique du Nord : Oman, Yémen (Saleh), Tunisie (Ben Ali), Maroc (roi Mohammad VI).
Pourquoi cette séparation entre les dictatures ? Parce que nous pensons que selon que le pays possède ou pas du pétrole, le sort qui lui est réservé sera différent. Et selon qu'il est ou non limitrophe d'Israël, la donne ne sera pas la même.
L'implication par la force militaire et l'occupation du terrain des puissances occidentales ne sera pas la même alors que les populations réclament toutes la démocratie et la liberté partout dans ces pays.
(à suivre)
Dr Riad JREIGE
Montpellier - France

