Si les troubles régionaux constituent - il n'est point à douter - l'un des principaux catalyseurs de cette détérioration sur le plan local, l'absence d'un gouvernement depuis maintenant plus de trois mois demeure le facteur majeur derrière le recul de la confiance des investisseurs et la régression des principaux indicateurs économiques du pays.
Cette hypothèse a été validée par plus d'un organisme ou d'une banque internationale au cours des dernières semaines, dont le FMI, qui a mis en garde contre une détérioration plus grave, « si jamais la situation actuelle persistait ». L'institution de Bretton Woods avait, de ce fait, revu ses prévisions de croissance pour le Liban à 2,5 % en 2011, contre 7,5 % l'an dernier.
Citigroup : le déficit public devrait atteindre 13 % du PIB en 2011
Les mises en garde se multiplient d'ailleurs depuis un certain temps, à l'ombre de l'amplification du mouvement de contestation dans la région, et l'incapacité des responsables libanais à former un nouveau gouvernement.
Ainsi la banque américaine Citigroup a averti dans un rapport publié cette semaine et cité par le bulletin hebdomadaire de la Bank Audi, le Lebanon Weekly Monitor, contre les répercussions négatives de la situation politique actuelle sur l'évolution de l'activité économique au Liban. La banque a estimé, par ailleurs, que le déficit devrait se creuser davantage cette année pour atteindre 13 % du produit intérieur brut (PIB). Cela est dû, entre autres, à la hausse des cours mondiaux de pétrole, qui devrait se traduire par une augmentation de la facture énergétique et des transferts à l'EDL, a indiqué le rapport, mais aussi à la baisse des droits d'accise sur l'essence, approuvée récemment, qui devrait réduire les recettes publiques. Citigroup a toutefois mis l'accent sur les liquidités accumulées par les banques commerciales au cours des dernières années - malgré le recul actuel de la croissance des dépôts -, soulignant que celles-ci constituent un important rempart contre la détérioration des finances publiques.
La nouvelle flambée des cours mondiaux devrait néanmoins avoir un impact négatif sur le déficit de la balance courante, qui devrait s'élargir et atteindre quelque 5 milliards de dollars en 2011, a indiqué la banque américaine.
Le rapport s'est attardé, en parallèle, sur le recul des flux de capitaux en provenance de l'étranger, estimant à cet égard que les investissements directs étrangers (IDE) et les dépôts bancaires risquent de se contracter davantage, à l'ombre des tensions persistantes et de l'assombrissement des perspectives de croissance du marché immobilier sur le plan local.
Une dégradation au niveau de la balance des paiements, couplée à un élargissement du déficit de la balance externe, risque de mener à une érosion des réserves étrangères du Liban, considérées comme la pierre angulaire de la stabilité financière du pays, a ajouté le rapport.
Sur un autre plan, Citigroup s'est inquiétée, dans son rapport, du remboursement de la dette publique et l'émission d'eurobonds, en l'absence d'un gouvernement, indiquant que la Banque du Liban (BDL) étudiait la possibilité de rembourser les eurobonds arrivant à échéance pour le compte de l'État.
Baisse de la valeur des chèques compensés en mars
En attendant, les principaux secteurs économiques sont en berne, comme en témoignent les statistiques les plus récentes. Ainsi, le nombre de chèques compensés - un indicateur de la consommation et de l'investissement - a augmenté de 0,88 % à 3,09 millions de chèques d'une valeur de 10,87 milliards de dollars au cours des trois premiers mois de 2011, en comparaison avec la même période de l'an dernier. Plus en détail, la valeur des chèques compensés émis en livres libanaises a enregistré une hausse de 13,48 % en glissement annuel à 3,68 milliards de dollars. Par contre, les chèques émis en devises étrangères ont baissé de 2,77 % à 13,29 milliards de dollars, pour un taux de dollarisation de 78,33 % (en baisse de 2,51 points par rapport au premier trimestre de 2010). Sur une base mensuelle, la valeur des chèques compensés a totalisé 6,09 milliards de dollars en mars, enregistrant ainsi une baisse de 6,02 % par rapport au mois de mars 2010, dont 78,67 % émis en devises étrangères.
IDAL : recul du nombre de projets d'investissement
En parallèle, notons que l'Autorité de développement des investissements au Liban (IDAL) n'a reçu que deux demandes de projets étrangers au cours des trois premiers mois de l'année, contre neuf durant la même période de 2010, à l'ombre de la détérioration du climat politique, aussi bien à l'échelle locale que régionale. Le président de l'autorité, Nabil Itani, avait récemment indiqué que les investissements directs étrangers (IDE) avaient reculé de 2 % en 2010, à 4,65 milliards de dollars, contre 4,8 milliards en 2009, après avoir connu une croissance annuelle moyenne de 16 % de 2002 à 2009. Ce dernier avait en outre estimé que les troubles régionaux devraient avoir un impact sur le Liban, étant donné le recul de l'appétit des investisseurs étrangers pour l'ensemble des pays de la région du Moyen-Orient.
Rappelons à cet égard que les capitaux affluant vers le Liban ont atteint 1,67 milliard de dollars au cours des deux premiers mois de 2011, enregistrant une baisse de 33,1 % en comparaison avec la même période de 2010. Ces flux n'ont pas permis de combler le déficit commercial du pays, qui s'est creusé de 30,6 % fin février (à environ 2,35 milliards de dollars), générant un déficit de 669 millions de dollars au niveau de la balance des paiements.
Contraction de 5,1 % du nombre de passagers fin mars
Au niveau du secteur touristique, les chiffres les plus récents de l'Aéroport international de Beyrouth (AIB) ont indiqué que près d'un million de passagers, toutes catégories confondues, ont transité par l'AIB au cours des trois premiers mois de l'année, un nombre en baisse de 5,1 % en comparaison avec la même période de l'an dernier.
Quant à l'activité aérienne, elle a enregistré une baisse de 1,3 % au cours de la même période. Ces chiffres confirment désormais le recul de l'activité touristique au Liban au cours des trois premiers mois de l'année. Rappelons à cet égard que le nombre de visiteurs s'était élevé à 340 670 fin mars, en baisse de 13,4 % en comparaison avec la même période de l'an dernier. En parallèle, le taux d'occupation des hôtels à Beyrouth s'est élevé à 37,5 % en février, après avoir reculé déjà de plus de 20 % en janvier, selon une étude du cabinet Deloitte & Touche.
Kafalat : les prêts garantis en chute de 30,5 %
Autre indicateur négatif : la chute des prêts accordés aux petites et moyennes entreprises (PME). En effet, selon les derniers chiffres communiqués par Kafalat, compagnie semi-étatique fournissant des garanties pour soutenir les PME, 301 garanties ont été accordées au premier trimestre de l'année, en baisse de 30,5 % par rapport à la même période de 2010. La valeur correspondante à ces garanties s'est élevée, quant à elle, à 41,89 millions de dollars au cours des trois premiers mois, en baisse de 10,26 % par rapport à la même période de l'an dernier. Pour le seul mois de mars, le nombre de prêts garantis s'est élevé à 115, contre 122 un an plus tôt.


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