Rechercher
Rechercher

Liban

À Nabaa et Sabra, la même souffrance des oubliés du développement


Salwa attend inquiète l'après-midi. Installée dans sa petite épicerie, elle espère trouver une solution. Dans quelques heures, un fournisseur de marchandises, qu'elle achète à crédit pour les vendre dans son minuscule fonds de commerce, viendra lui réclamer 200 dollars. Une somme qu'elle n'a pas. Mais ce n'est pas particulièrement cette dette qui dérange Salwa.
La quadragénaire, mère de quatre enfants, se demande comment elle pourra subvenir aux besoins de sa famille si elle fait faillite, une éventualité qui devient de plus en plus probable avec les jours qui passent.
Salwa vit à Nabaa, bidonville majoritairement chrétien de la banlieue nord de Beyrouth, une zone oubliée du développement, et pourtant la capitale libanaise affiche le taux le plus bas de pauvreté du pays avec une moyenne de 5,85 % alors qu'il s'élève à 28,6 % en moyenne pour le reste du territoire. Ces chiffres seront présentés dans une étude prochainement publiée par le Pnud et qui se base sur diverses statistiques effectuées entre 2004 et 2005.
Beyrouth présente d'autres bidonsvilles. C'est dans ces endroits que se concentre le plus important taux de pauvreté dans la capitale. L'un d'eux, exclusivement musulman, se trouve au cœur de la capitale à la limite d'un camp palestinien, celui de Sabra.
« Les bidonvilles de Beyrouth ont vu le jour au début des années soixante, quand les habitants des zones rurales sont venus en ville à la recherche de travail. Ces zones ont pris plus d'importance durant la guerre avec les diverses vagues de déplacés », souligne Adib Nehmé, conseiller auprès de l'Escwa en matière de développement et de dossiers relatifs aux objectifs onusiens du millénaire.
À Sabra, le marché est ouvert tous les jours. Ici, on peut tout trouver à des prix dérisoires. Le jean usagé est à 3 000 livres et la montre à 5 000. Il y a aussi des CD contrefaits, des fioles de parfums, des livres d'occasion et des poupées aux robes sales et aux cheveux qui tombent. C'est qu'elles avaient servi à d'autres enfants plus nantis.
Toujours à Sabra, les Libanais et les réfugiés palestiniens côtoient les ouvriers syriens, les émigrés kurdes, les clandestins irakiens et les journaliers bangladais, indiens et autres asiatiques.
Mariam, une sunnite née dans le quartier, est veuve. Elle a six enfants. Deux d'entre eux travaillent, dont Mahmoud, qui a 16 ans et qui a quitté l'école à 12 ans. « Ma fille travaille en ville. Moi-même je fais des ménages. J'ai deux enfants malades et j'essaie tant bien que mal de rembourser mes dettes, mais je ne réussis pas toujours. » Mariam, à l'instar des autres habitants du quartier, se plaint des coupures régulières du courant, surtout que le poste central d'électricité de la zone s'est arrêté de fonctionner il y a deux semaines.
Abou Ali, sa femme et ses quatre enfants sont des réfugiés irakiens. Ils sont arrivés au Liban il y a une vingtaine de jours. Avec ses économies, le couple a loué un petit local à Sabra qu'il a transformé en boulangerie de fortune. Abou Ali et son épouse espèrent pouvoir ainsi subsister en attendant un éventuel départ vers un pays d'accueil.
Nabaa abrite le même éventail de ressortissants étrangers.
Ici, les ruelles sont tellement étroites que certaines maisons ne voient pas le soleil et le bleu du ciel est souvent caché par des milliers de fils électriques tendus entre les appartements et les poteaux de la rue ; les familles économisent en se branchant directement sur les postes publics d'EDL.
Rashwan tient un restaurant, où il vend des falafels et autres plats et sandwiches à des prix abordables. Le jeune homme est un Kurde de Syrie. Il s'est installé il y a six ans au Liban et a réussi à se faire une clientèle. Tous les mois, il envoie de l'argent à sa famille restée à Alep.
M. Nehmé souligne l'importance de l'adoption d'une politique gouvernementale de développement visant à la redistribution des fortunes, et ce notamment en imposant des taxes évolutives aux riches et en augmentant le salaire minimum.
Salwa, l'épicière, sèche ses larmes. Elle pense à sa vie, à son mari qui n'a jamais travaillé et qui vit au village, au loyer de la maison et de l'épicerie, aux besoins quotidiens de ses quatre enfants. Son seul souhait : rembourser ses dettes pour ne pas se retrouver dans la rue.
À Sabra, le jeune Mahmoud ne se voit pas faisant un autre métier que celui qu'il avait appris à 12 ans. Il n'arrive pas à imaginer quelle aurait été sa vie s'il avait poursuivi ses études.
Salwa et Mahmoud ne se sont jamais posé de questions. Ils ont appris à assumer ce que la vie leur présentait. Vivant dans la pauvreté, ils ont perdu la capacité de rêver.
Salwa attend inquiète l'après-midi. Installée dans sa petite épicerie, elle espère trouver une solution. Dans quelques heures, un fournisseur de marchandises, qu'elle achète à crédit pour les vendre dans son minuscule fonds de commerce, viendra lui réclamer 200 dollars. Une somme qu'elle n'a pas. Mais ce n'est pas particulièrement cette dette qui dérange Salwa. La quadragénaire, mère de quatre enfants, se demande comment elle pourra subvenir aux besoins de sa famille si elle fait faillite, une éventualité qui devient de plus en plus probable avec les jours qui passent. Salwa vit à Nabaa, bidonville majoritairement chrétien de la banlieue nord de Beyrouth, une zone oubliée du développement, et pourtant la capitale libanaise affiche le taux le plus bas de pauvreté du pays avec une moyenne de 5,85 % alors qu'il...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut