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Nos lecteurs ont la parole

Du droit reconnu de tirer dans le tas !

Par Youssef MOUAWAD
« Droit acquis ou simple expectative », tout régime établi est censé se défendre quand l'émeute vise à le renverser : la survie des institutions dépend de la vigueur de leur réaction armée. N'est en fait légitime que le pouvoir qui réagit à la menace, et nulle autorité n'est souveraine si elle n'est pas en mesure de déclarer l'état d'exception, c'est-à-dire de s'octroyer des pouvoirs exceptionnels pour gérer les cas d'urgence.
Ce que nous vivons en ce moment précis pourrait servir de modèle-type pour des exercices de politique-fiction. D'un côté, nous avons le spectacle de deux chefs d'État qui ont filé à l'anglaise et, de l'autre, l'exemple de leaders qui n'ont pas plié sous la pression de la « rue », syrienne soit-elle, libyenne ou yéménite.
En s'éclipsant sans opposer de résistance, Moubarak et Ben Ali ont reconnu leur déficit de légitimité ; bien sûr, on invoquera à leur décharge des raisons de santé, des pressions régionales ou internationales, ou même les défections des membres de leur camarilla. Mais l'exercice du pouvoir ne peut s'encombrer de pareilles justifications ; la volonté d'en découdre avec l'ennemi intérieur n'a pas fait défaut au despote libyen. Lui sait d'instinct que, dans nos pays ensauvagés, c'est la décision sur le terrain qui assure légitimité et souveraineté, ces deux acquis précaires du « contrat social ». En somme, un dirigeant arabe ne peut être qu'un usurpateur, la durée de son mandat, arraché au consentement populaire, s'étendra jusqu'au prochain coup d'État ou jusqu'à la prochaine insurrection. La politique est affaire de violence ; elle n'est pas tributaire, sous nos latitudes, du jeu démocratique de l'alternance.
Cependant, la propension à réprimer n'est pas l'apanage exclusif des États despotiques et des régimes tyranniques. Des pays, des plus civilisés, et non des moindres, ont autorisé dans leur Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales le droit de tirer à balles réelles dans la foule « pour réprimer, conformément à la loi, une émeute ou une insurrection » (article 2-2, alinéa c). Cette convention n'a pas été adoptée lors d'un jamboree baassiste à Rif Dimashq, mais plus précisément à Rome, il y a des décennies, et a été reconfirmée en vertu du Traité de Lisbonne de 2007 par les pays membres de l'Union européenne.
En l'espèce, je crains que Bouthayna Chaaban, chantre du régime Assad, ne vienne nous rétorquer que même l'UE, qui donne des leçons de tolérance à qui veut l'entendre, s'est donné les moyens de se défendre. Peut-on alors blâmer le régime du Dr Bachar, s'il réprime les manifestants, conformément à la loi, l'état d'urgence ayant été déclaré une fois pour toutes en 1963 ?
La communauté internationale peut sans doute reprocher aux responsables syriens un usage immodéré et disproportionné de la force brutale. Après tout, les victimes à déplorer ne sont pas tombées des suites d' « un recours à la force rendu absolument nécessaire » (art. 2-2 susmentionné). Loin de là, les témoignages des observateurs concordent : les manifestations étaient grosso modo pacifiques et les débordements n'étaient que réaction à la répression implacable, voire aveugle. Par ailleurs, il n'y a pas de forces occultes ni de conspiration maléfique semant la dissension dans le pays, même si le cheikh Youssef al-Qardawi apporte de l'eau au moulin de la version officielle syrienne en appelant au soulèvement contre « les hérétiques au pouvoir à Damas ».
Mais pour revenir à notre sujet, c'est à se demander comment un leader bien de chez nous aurait les qualités d'un chef s'il ne procédait de la sorte, s'il ne foulait aux pieds les lois qui régissent ses sujets, s'il ne fondait une « dynastie républicaine », et s'il n'exerçait pour s'accomplir pleinement sa volonté de puissance ! Ubu Roi n'a de légitimité que du moment et dans la mesure où il l'arrache aux populations serviles ou dociles. Ainsi va toute souveraineté...et tout le reste n'est que subversion, «‘oulouj et sarassir ».
« Droit acquis ou simple expectative », tout régime établi est censé se défendre quand l'émeute vise à le renverser : la survie des institutions dépend de la vigueur de leur réaction armée. N'est en fait légitime que le pouvoir qui réagit à la menace, et nulle autorité n'est souveraine si elle n'est pas en mesure de déclarer l'état d'exception, c'est-à-dire de s'octroyer des pouvoirs exceptionnels pour gérer les cas d'urgence. Ce que nous vivons en ce moment précis pourrait servir de modèle-type pour des exercices de politique-fiction. D'un côté, nous avons le spectacle de deux chefs d'État qui ont filé à l'anglaise et, de l'autre, l'exemple de leaders qui n'ont pas plié sous la pression de la « rue », syrienne soit-elle, libyenne ou yéménite.En s'éclipsant sans opposer de résistance, Moubarak et Ben...
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