Allant à l'encontre de cette éventualité, certains soutiennent que la région va vers la paix globale, quels que soient les bouleversements, et les régimes nouveaux qu'elle pourrait connaître. Ils estiment qu'après l'Égypte et la Jordanie, la Syrie va devoir signer. Jadis, Sadate avait conclu le traité de Camp David en base du postulat voulant qu'il ne puisse y avoir de guerre sans l'Égypte. Aujourd'hui, Bachar el-Assad est appelé à confirmer, par son paraphe, le slogan qui veut qu'il ne puisse y avoir de paix sans la Syrie. Dans ce sens que, comme le montrent l'histoire et les exemples de l'Égypte et de la Jordanie, qui n'ont rien normalisé finalement avec Israël, une paix qui ne serait pas globale et continuerait à exclure la Syrie reste forcément tronquée, limite fausse. Encore un point : tout comme il fallait un Sadate pour faire la paix, il faut aujourd'hui un Assad, et personne ou rien d'autre, pour compléter le tableau.
Cependant, dans une intervention télévisée, le président Hussein Husseini observe que « Camp David a éloigné l'Égypte de son rôle arabe. Mais, pire encore, cet accord a nui à la cause palestinienne et surtout au Liban, devenu prisonnier. Car aussitôt l'encre du traité séchée, Israël a envahi et occupé le Sud. Depuis l'ère de Saladin, il a toujours existé, face à la Palestine, un front ouest nommé Égypte, et un front est nommé Syrie. D'où l'adage qu'il n'y a pas de guerre sans l'Égypte ni de paix sans la Syrie. À Camp David, Israël a en réalité souscrit à la non-guerre, mais refusé la paix, en écartant l'Égypte de son important rôle arabe, en la coupant de sa profondeur soudanaise et libyenne, affaiblissant ainsi le front ouest. Au Liban, poursuit l'ancien président de la Chambre, l'on a espéré que Taëf sortirait le pays de sa détention. Mais il y a eu la guerre du Golfe, l'invasion du Koweït. Cela après la déroute arabe de 1967. Au lieu de s'entendre sur une stratégie commune pour libérer la Palestine, les Arabes se sont rabattus sur des groupes de combat palestiniens. Chaque cellule dépendait d'un État arabe. Aujourd'hui, au Liban, nous revivons l'expérience des groupes rattachés à des États étrangers ou qui en reçoivent le soutien. Ce qui conduit au contournement de l'accord de Taëf, à sa non-application, en commençant par la loi électorale, le pouvoir exécutif, la défense, avec des propos vagues sur une stratégie défensive comme sur une justice indépendante ».
Pour l'ancien président du Parlement « il n'y a de solution que dans le retour à la Constitution. On note que la jeunesse commence à bouger pour obtenir l'abolition du confessionnalisme politique. À juste titre, puisque ce système se situe hors de la Constitution. Les responsables sont priés de redonner confiance aux gens, pour être élus en base d'une loi équitable », conclut-il.
De son côté, William Burns, bras droit du secrétaire d'État US souligne, dans le cadre d'un article sur la stratégie à adopter face à un nouveau Moyen-Orient, que la conviction qu'il ne peut y avoir dans cette région que des despotes ou des régimes islamistes radicaux est maintenant dépassée par le mouvement de peuples assoiffés de libertés et de démocratie. Pour lui, « dans la mesure où les États-Unis soutiennent l'émergence de gouvernements plus transparents, ils peuvent se gagner des partenaires plus forts et plus stables. L'édification des institutions est indispensable. Ainsi que les chiffres clairs, les budgets lisibles, l'information indépendante pour demander des comptes à qui de droit ».
Cette édification des institutions que le diplomate cité évoque est ce qui manque encore le plus au Liban. Cependant, des pôles pensent que tout compte fait, le Liban finira par tirer profit de la mutation régionale en cours. Dans ce sens que son système démocratique ne resterait plus tellement étranger, détonant, aux yeux des régimes qui vont devoir eux-mêmes se démocratiser, d'une façon ou d'une autre, à leur rythme ou dans la violence.

