J'aime les rencontres éphémères qui se terminent à l'aube et durant lesquelles des conversations naissent et rapprochent des étrangers. Il y a toujours des amours qui fleurissent dans les trains, comme celui de Julie Delpy et Ethan Hawke dans Before Sunrise.
J'aime les mains tendues des fenêtres, brandissant un mouchoir ou essayant d'effleurer encore le bien-aimé. J'aime à regarder les hommes et les femmes sur les quais de gare. Comment oublier la vue de Jean-Louis Trintignant conduisant sa voiture comme un fou pour rattraper la belle Anouk Aimée à la sortie du train.
Il se dégage des trains une odeur sulfureuse de crimes et de scandales, mais aussi de caprices et de délices. Du luxe et de la volupté comme dans les compartiments de L'Orient Express. Ces wagons-là n'ont-ils pas emmené aux confins de la terre d'élégants nababs aux costumes blancs et des femmes à chapeaux à plumes et à froufrous.
Il se dégage également un air de pionniers, d'explorateurs et de découvreurs de nouveau monde. Une certaine musique de Dvorjak dans l'air. La conquête de l'Ouest n'a-t-elle pas eu lieu en même temps que celle du rail ?
« Et j'entends siffler le train (...) Que c'est triste un train qui siffle dans la nuit. » Il se dégage enfin du train une odeur de travailleurs, de chantiers, d'ouvriers noircis par la suie, qui ont réussi au fil des décennies à faire marcher ces bolides sifflant et hurlant, à construire les chemins de fer.
Joujou des jeunes, le train a toujours été le fantasme des grands. Ces adultes à l'âme d'enfant qui croient encore aux rêves. Tout comme The Polar Express de Robert Zemeckis, ces wagons ne cesseront de les emmener très loin vers des destinations inconnues à la découverte de contrées nouvelles et ces adultes-là continueront à entendre le train siffler trois fois et même plus. Car c'est si beau un train qui siffle dans la nuit, répondrait-on au poète chanteur.
*Film de Patrice Chéreau (1998)


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