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Économie - Analyse

L’endettement des entreprises : l’effet pays

De Sophie Nivoix*
La structure du financement d'une entreprise a des conséquences importantes pour le choix de ses investissements, dans la mesure où la rentabilité attendue de ceux-ci doit être supérieure au coût des ressources utilisées pour les financer. Nous savons que les modes de financement retenus sont le fruit d'un choix sous contrainte, en liaison avec la conjoncture économique, le secteur d'activité, le pays et naturellement les caractéristiques propres à la firme. Quels critères dominent et lesquels s'avèrent secondaires ? Une étude récente de Fan, Titman et White (NBER Working Paper n° 16445) nous apporte des éclaircissements intéressants.
L'observation de la situation des entreprises de 50 pays sur la période 1991-2006 leur a permis de montrer que la structure du capital est davantage déterminée par le pays où se situe l'entreprise que par son secteur d'activité. Cela indique que l'environnement institutionnel est susceptible d'influencer fortement le financement des firmes, et ceci notamment au travers du système légal et fiscal au sein duquel elles agissent. Ainsi, les économies d'impôts dues aux charges financières ont naturellement tendance à favoriser un endettement plus élevé. Sur le plan structurel, le système juridique de Common Law tend à induire un endettement plus faible et de plus long terme. Il apparaît aussi que les firmes des pays considérés comme davantage corrompus utilisent plus fréquemment l'emprunt que les fonds propres pour se financer, et plus particulièrement des dettes à court terme.
Autre caractéristique importante, les préférences des fournisseurs de capitaux que sont les banques et les investisseurs institutionnels expliquent en partie les niveaux d'endettement des entreprises ainsi que la durée de leurs dettes. Lorsque le secteur bancaire est très développé dans un pays, la durée des emprunts des entreprises tend à être plus brève, ce qui reflète une préférence des banques pour les prêts à court terme. Parallèlement, la taille du secteur de l'assurance ne semble pas avoir d'influence sur les modes de financement des firmes.
Au niveau macroéconomique, les auteurs remarquent aussi que dans les pays développés, lorsque le marché des obligations d'État est important, la maturité des dettes des entreprises se révèle plus courte. Par ailleurs, la volatilité du niveau de l'inflation est associée à un niveau d'endettement total plus faible.
Concernant la robustesse de ces résultats, il faut signaler que non seulement les facteurs influençant le financement sont multiples, mais également que la force de leur impact est susceptible de varier en intensité selon les sous-périodes ou sous-groupes de pays considérés. Par exemple, l'ensemble des effets mentionnés précédemment est plus prononcé dans les pays développés que dans les pays émergents ou en développement. Toutefois, de tels constats présentent l'intérêt de contribuer à aider les institutions d'un pays à renforcer les canaux de financement les plus porteurs de croissance, de façon à favoriser les investissements à long terme et un développement pérenne. Ainsi, de nombreuses études ont déjà montré que la croissance économique est soutenue par des marchés financiers et un secteur bancaire solides. Et il n'est jamais inutile de rappeler que malgré la tentation des analyses économiques et financières à chaud, la prise en compte d'un horizon long est de loin préférable.

* Spécialiste de finance à l'Université de Poitiers, professeur à l'ESA
En coopération avec : ESA
La structure du financement d'une entreprise a des conséquences importantes pour le choix de ses investissements, dans la mesure où la rentabilité attendue de ceux-ci doit être supérieure au coût des ressources utilisées pour les financer. Nous savons que les modes de financement retenus sont le fruit d'un choix sous contrainte, en liaison avec la conjoncture économique, le secteur d'activité, le pays et naturellement les caractéristiques propres à la firme. Quels critères dominent et lesquels s'avèrent secondaires ? Une étude récente de Fan, Titman et White (NBER Working Paper n° 16445) nous apporte des éclaircissements intéressants. L'observation de la situation des entreprises de 50 pays sur la période 1991-2006 leur a permis de montrer que la structure du capital est davantage déterminée par le pays où se situe...
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