Banques : recul des dépôts et hausse du taux de dollarisation
Sur le plan bancaire, le secteur a ainsi enregistré un léger recul de son activité au début de l'année, comme en témoignent les chiffres récents sur l'évolution de l'activité du secteur au cours du mois de janvier. Le total des actifs bancaires a en effet reculé de 0,4 %, à 128,5 milliards de dollars fin janvier, selon le Lebanon Weekly Monitor de Bank Audi, tandis que les dépôts, qui représentent près de 83 % du bilan des banques, ont reculé de 1,07 milliard de dollars, soit une baisse de 1 %. Ils sont ainsi passés de 107,2 milliards de dollars fin décembre 2010 à 106,1 milliards. Force est de noter qu'il s'agit de la première baisse mensuelle depuis mars 2008.
En termes de répartition des dépôts par type de clients, une lecture des chiffres révèle que les dépôts des non-résidents ont été à la source de cette baisse au cours de janvier 2011, représentant près de 72 % de la baisse des dépôts fin janvier. Les dépôts des résidents ont quant à eux connu une baisse moins importante. En outre, une analyse de la croissance des dépôts par devise révèle que les dépôts en monnaie locale ont enregistré une très forte baisse (2,5 milliards de dollars) au cours de janvier 2011, tandis que les dépôts en dollars ont progressé de 1,5 milliard de dollars. Par conséquent, le taux de dollarisation des dépôts a atteint 65,3 % fin janvier, contre 63,2 % fin 2010 - un plus haut depuis octobre 2009.
Cependant, l'activité d'emprunt n'a pas connu la même évolution que les dépôts au cours du premier mois de l'année. En effet, les prêts bancaires accordés aux non-résidents et aux résidents ont augmenté de 377 millions de dollars, passant de 34,9 milliards de dollars fin décembre 2010 à 35,3 milliards fin janvier 2011. Cette hausse est toutefois inférieure à celle enregistrée en janvier 2010 (988 millions de dollars), mais s'aligne sur la moyenne des croissances enregistrées au cours du premier mois des cinq dernières années. En termes de répartition des prêts par type de clients, une lecture des chiffres révèle que les prêts accordés aux non-résidents (616 millions de dollars) ont été à l'origine de cette hausse et ont plus que contrebalancé la baisse des prêts accordés aux résidents (239 millions de dollars) au cours du premier mois de l'année. Ces chiffres, qui reflètent l'évolution de l'activité en janvier, pourraient toutefois être revus à la baisse au cours des prochains mois, à l'ombre des troubles politiques dans les pays voisins. En outre, une analyse de la croissance des prêts par devise révèle que le montant des prêts accordés en janvier 2011 s'est élevé à 370 millions de dollars, contre seulement 7 millions de dollars de prêts en monnaie locale.
Balance des paiements : un déficit de 772 millions de dollars en janvier
En outre et selon les chiffres de la Banque du Liban (BDL), la balance des paiements a enregistré un déficit de 772,1 millions de dollars en janvier, contre un déficit de 44,3 millions au premier mois de l'année 2010. Ce creusement du déficit est dû à une baisse des avoirs en devises de la BDL de l'ordre de 367,9 millions de dollars, accouplée à une baisse de ces mêmes avoirs de 404,2 millions de dollars auprès des banques commerciales et des institutions financières.
Rappelons que sur l'ensemble de l'année 2010, la balance des paiements avait enregistré un surplus cumulé de 3,3 milliards de dollars, en baisse de 58,2 % par rapport à 2009. Cet important recul était notamment dû à une baisse des flux de capitaux en provenance de l'étranger, à l'ombre de la détérioration de la situation politique sur le plan local et à la reprise économique sur le plan mondial.
Eurobonds : Merrill Lynch maintient ses recommandations à « sous-pondéré »
En outre, après avoir abaissé ses recommandations sur les eurobonds libanais à « sous-pondéré » (under weight, en anglais) en janvier, la banque d'investissement américaine Merrill Lynch a maintenu ces recommandations dans un rapport publié ce mois, à l'ombre de la précarité de la conjoncture sur le double plan local et régional.
En d'autres termes, la banque recommande aux investisseurs de rester prudents à l'égard des eurobonds locaux, en allouant aux titres de la dette externe locale une fraction de leur portefeuille qui est inférieure au seuil de référence du marché. Cette fraction, également appelée « pondération », avait été abaissée en janvier de 2,5 points à 3,4 % dans le portefeuille modèle de Merrill Lynch (composé de titres représentatifs de la dette des pays émergents). Dans son récent rapport, Merrill Lynch a ainsi maintenu cette pondération à 3,4 %.
Rappelons qu'en août 2010, la banque américaine avait haussé ses recommandations de « pondéré » à « surpondéré », avant d'abaisser ses recommandations à « sous-pondéré ».
Notons toutefois que selon le rapport de Merrill Lynch, la dette externe libanaise a enregistré le cinquième plus haut rendement à la fin des deux premiers mois de l'année, à 1,4 % parmi 24 pays de l'Europe, du Moyen-Orient et de l'Afrique (EMEA) et le 7e plus haut rendement parmi 46 pays émergents. Pour le seul mois de février 2011, la dette externe a toutefois enregistré le 15e plus haut rendement parmi les pays de la zone EMEA et le 22e meilleur rendement parmi les pays émergents.

