Pour sa part, le nouveau patriarche se montre prudent. Il n'a pas de raison technique de ne pas visiter un pays frère qui abrite une dense communauté maronite. Mais il précise que sa démarche ne serait que paroissiale et n'aura rien de politique.
D'une manière générale, les visites ou contacts entre des parties n'établissent de relations solides que lorsqu'elles se fondent sur une volonté déterminée de réaliser des choses, ou des progrès, en commun. Les démarches des présidents de la République, des présidents de Conseil, des ministres, des députés, des hauts fonctionnaires libanais, ne se comptent pas. Sauf certains impacts de conjoncture, elles n'ont jamais rien produit de positif. L'on a toujours parlé de relations privilégiées, mais elles n'ont jamais été que le contraire même. Il a fallu attendre 67 ans pour l'établissement de relations diplomatiques. Mais même cette reconnaissance juridique de l'État libanais par l'État syrien n'empêche visiblement pas Damas de convoiter le Liban. Politiquement et peut-être un jour totalement. Dans l'aboutissement en apothéose de ce slogan, de cette logique, lancés au début de la captation par Hafez el-Assad : « La Syrie et le Liban sont un seul et même peuple, une même nation qui se répartit en deux États. »
Retour à l'actualité. Le président Michel Sleiman et le président Saad Hariri ont effectué plus d'une visite en Syrie. Des accords, des points ont été rendus publics. L'on n'en a vu que l'échange d'ambassadeurs. Les autres dispositions promises par les Syriens restent lettre morte : le tracé des frontières, l'homologation de la libanité de Chebaa, le verrouillage des frontières face au trafic d'armes et à la contrebande. Ainsi que le démantèlement des bases armées palestiniennes hors camps, le règlement de la question des prisonniers libanais en Syrie et des disparus, la révision du pacte dit de fraternité-coopération et des protocoles bilatéraux iniques etc.
Et cet « etc » comprend un point important : à aucun moment, malgré ses engagements formels, notamment devant Sarkozy et ses émissaires, le régime syrien n'a consenti à ce que ses rapports politiques avec le Liban se cantonnent, pour l'essentiel, aux relations d'État à État.

