La Constitution issue de Taëf ordonne pour sa part « à la Chambre des députés élue sur base de la parité égale entre les musulmans et les chrétiens de prendre les mesures adéquates pour l'abolition du confessionnalisme politique suivant un plan par étapes. Et de former un comité national présidé par le chef de l'État et groupant, en sus du président de la Chambre et du président du Conseil, des personnalités politiques, intellectuelles et sociales. Avec pour mission d'étudier et de recommander les voies menant à l'abrogation du confessionnalisme à la Chambre des députés et au Conseil des ministres, en assumant le suivi d'application du plan par étapes. »
Quand la question était soulevée à la Chambre, il se trouvait toujours une partie pour soulever un obstacle pratiquement infranchissable. En faisant valoir qu'au nom de la logique la plus élémentaire, il faut que l'abolition du confessionnalisme débouche sur un État purement laïc, régi par une loi des statuts personnels unifiée, autorisant le mariage civil et confortant la cœxistence et le brassage national. Et le débat s'arrêtait là, stoppé net par une levée de boucliers unanime des communautés. En effet, les chrétiens n'acceptent pas que le confessionnalisme politique passe à la trappe tant que les musulmans ne souscrivent pas à l'idée d'un État laïc pur. Ce que ces derniers ne peuvent admettre car cela contrevient à leur foi même. Le président Élias Hraoui avait tenté de faire passer le mariage civil facultatif. Le gouvernement lui avait donné une majorité, mais le tollé extérieur, des autorités religieuses comme des milieux politiques avait fait capoter le projet.
Régulièrement, le président Nabih Berry appelle à la formation du comité national pour l'abrogation. Et tout aussi régulièrement, il se voit objecter que cela n'est pas le moment. Ou encore que le problème est lié à des dossiers sensibles, dont l'armement de la résistance, que l'on ne peut encore discuter.
Quant au patriarche Sfeir, il déclare que « le confessionnalisme politique doit être aboli. Mais cela ne peut s'inscrire dans les textes avant que cela ne se réalise dans les esprits. Ce qui requiert du temps, de la pédagogie et de l'éveil. De sorte que tous les Libanais sentent qu'ils sont tous ensemble libanais. Qu'en se réunissant, ils ne s'interrogent pas sur la communauté ou la religion de tel ou tel, mais se contentent de savoir qu'il est libanais. Pour se traiter en égaux. Dès lors, l'abolition du confessionnalisme politique présente un danger, à l'heure actuelle. Quand les Libanais atteindront une maturité complète pour se passer de ce dire du confessionnalisme, on pourra l'abroger ».
Dans leur ensemble, les présidents de la République estimaient que seul un solide équilibre social et de développement pourrait rendre possible un niveau de maturité générale permettant de renoncer au confessionnalisme politique. Ils précisaient que l'équilibre confessionnel ne suffit pas pour promouvoir l'édification d'une nation fondée sur l'esprit civique.
Mais c'est ce seul facteur qui a prévalu, et qui reste d'ailleurs indispensable pour éviter le pire, la dislocation officialisée du pays politique. L'équilibre social et de développement reste pour sa part en panne. Et le Liban n'est toujours qu'un voisinage de 18 communautés, de régions, de couches sociales, de partis confessionnels qui se barricadent derrière leurs acquis ou leurs revendications. En bataillant au nom, et pour, l'équilibre confessionnel. Ce ver qui reste dans le fruit et a failli en causer la chute, par la guerre civile.

