Cela étant, le débat ne peut s'engager qu'une fois le nouveau gouvernement formé. Selon des observateurs avertis, le problème à ce niveau n'est pas tant dans la distribution des parts que dans la mise en place d'une équipe qui s'attire la confiance des gens et une majorité confortable à la Chambre. Ce qui ne peut se faire à travers ce cabinet monochrome que réclament des radicaux du 8 Mars, mais en recourant à des indépendants et à des technocrates.
Le président du Conseil désigné avait déjà sa formule en poche, mais il s'est heurté aux exigences du 8 Mars qui trouvait son quota insuffisant. À contre-cœur, il va donc, selon toute probabilité, passer de 24 à 30. Élargissement qui se justifie en outre par le fait que certains éléments de la nouvelle opposition se trouvent incités à ne pas voter la défiance, mais à s'abstenir pour donner leur chance à de nouveaux ministres non acquis au 8 Mars. Dans le cas, probable, où la liberté de choix leur serait laissée. Ce qui n'est évidemment pas pour déplaire au chef de l'État ni au président Mikati, désireux de décrocher un vote de confiance confortable à la Chambre. Pour que le gouvernement puisse assumer les défis importants qui l'attendent, dans un contexte régional troublé. Ce qu'il ne saurait accomplir s'il ne devait disposer que des 68 voix du 8 Mars et de ses alliés, face aux 60 voix de la nouvelle opposition.
Il se répète dès lors que Nabih Berry et Hassan Nasrallah se seraient engagés à porter Michel Aoun à mettre de l'eau dans son vin, pour accepter une composition qui emporterait l'adhésion populaire.
La question qui se pose est de savoir si le 14 Mars va garder ses forces bien unies. Comme lorsqu'il a refusé de participer, du fait que le président du Conseil désigné n'a pas répondu aux questions de base qu'il lui avait adressées. Les milieux souverainistes jurent leurs grands dieux qu'il va y avoir une position unifiée par rapport au vote de confiance ou de défiance. Car ce qui est en jeu, cette fois, c'est un tissu de principes nationaux, de constantes, dépassant de loin les considérations habituelles de composition politique du cabinet ou de répartition des portefeuilles. Il s'agit rien moins que de relancer la lutte pour la révolution du Cèdre, c'est-à-dire pour l'indépendance du Liban et pour l'État de droit.
Les interrogations adressées précédemment au président Mikati par le 14 Mars vont être répétées à l'occasion de l'élaboration, puis de la publication, de la déclaration ministérielle de son gouvernement. Surtout si le document ne comporte pas d'indication rassurante quant au traitement des deux problèmes-clés de l'armement hors légalité et du TSL. Omission probable, le président Mikati ayant indiqué que ces questions devraient être déférées devant le comité national de dialogue, et non pas traitées en Conseil des ministres. Ce à quoi les nouveaux opposants répondent en faisant remarquer que le gouvernement, seul responsable officiel, ne pourra en tout cas plus se dérober lorsque le TSL publiera son acte d'accusation. Il lui faudra se prononcer et traiter les effets de cette parution.

