Selon l’organisation de développement ACDI/VOCA, la culture hydroponique permet d’obtenir des récoltes deux à 12 fois plus rapidement que les techniques traditionnelles.
Ce lancement s'est déroulé en présence de l'ambassadrice des États-Unis au Liban, Maura Connelly, de plusieurs experts locaux et internationaux, de représentants des Chambres de commerce et du directeur général de la Fondation Safadi, Riad Alameddine. À cette occasion, Mme Connelly a indiqué que la culture hydroponique sera, pour la première fois, mise en pratique localement. « Le projet Dhaim, d'une durée de cinq ans, bénéficiera d'un budget de 12 millions de dollars » de la part de USAid, a-t-elle précisé.
Le programme vise à soutenir les petits agriculteurs libanais dans les quatre principaux mohafazats du pays (Liban-Nord, Liban-Sud, Bekaa et Mont-Liban), en améliorant leurs sources de revenus par l'intermédiaire de la culture hydroponique. Plus en détail, le projet Dhaim se concentrera sur des cultures de qualité ciblant la niche du haut de gamme (laitues, fraises, tomates, concombres et fleurs...), potentiellement très rentables à l'exportation, et ce pour des coûts d'exploitation moindres.
Une technique de culture plus économe
La culture hydroponique, qui regroupe plusieurs techniques de cultures hors sol, consiste à cultiver des plantes dans du substrat (matériau qui se substitue au sol) en les arrosant d'une solution nutritive. Cette technique devrait permettre aux agriculteurs d'effectuer des économies significatives en eau (entre 70 et 90 % selon les récoltes) dans un pays de plus en plus menacé par une pénurie à grande échelle. Mais selon ACDI/VOCA, la culture hydroponique présente bien d'autres avantages, dont des frais moindres et un meilleur rendement.
Ainsi, elle permet d'économiser 75 % de la quantité d'engrais et entre 60 et 70 % des pesticides et matières chimiques habituellement utilisés par les agriculteurs. Autre avantage, ce type de culture requiert beaucoup moins d'espace, les plantes étant contenues dans des bacs de proportions réduites. En outre, toujours selon ACDI/VOCA, la culture hydroponique permet d'obtenir des récoltes deux à 12 fois plus rapidement que les techniques traditionnelles (en terre) sans avoir besoin d'alterner les cultures.
Une mesure orpheline ?
Cette initiative ne devrait toutefois pas avoir d'impact notable sur le secteur agricole, laissé pour compte au Liban et souffrant de nombreuses défaillances. Elle ne devrait en effet bénéficier qu'à une petite frange de la population rurale, dans le cadre d'un marché de niche et d'un secteur qui ne représente que 5 % du produit intérieur brut (PIB). À ce sujet, le directeur général de la Fondation Safadi, Riad Alameddine, a déploré la faible contribution du secteur agricole à l'économie, « malgré le fait que les terres agricoles couvrent 38 % de la surface totale du pays ». Rappelons qu'un rapport du Centre de recherche et d'études agricoles libanais (Creal) avait indiqué l'an dernier que l'évolution de la production agricole locale ne s'est pas contentée de stagner entre 1970 et 2008 ; celle-ci a en effet reculé de 12 % durant cette période, contre une croissance de 562 % au sein de l'Union européenne ou encore de 686 % au Japon.
Le directeur du Creal, Riad Fouad Saadé, interrogé par L'Orient-Le Jour, a pour sa part jugé que la culture hydroponique constituera une part « négligeable » en termes de production agricole totale. Il s'est également interrogé sur la nécessité d'avoir recours au Liban à une technique utile dans des pays désertiques comme l'Arabie saoudite, mais, selon lui, superflue dans un pays riche en ressources naturelles. « Le problème n'est pas le manque d'eau, mais sa mauvaise gestion », a-t-il déploré.
Quoi qu'il en soit, dans un pays qui, décidément, a fait de son secteur agricole le parent pauvre de l'économie, il semblerait que toute mesure, même orpheline, soit préférable, pour les agriculteurs, à la paralysie du gouvernement, qu'il soit formé ou absent.

