Deux autorités, l'État et le Hezbollah, coexistent, pacifiquement, pour le moment, sur un même territoire !
À vrai dire, le pays a toujours vécu à l'ombre de multiples autorités faisant concurrence à celle de l'État. De nombreuses « autorités » étrangères ont en effet, et pour de très longues années, limité l'exercice de la souveraineté de l'État ; les autorités égyptiennes pendant les années Nasser, les autorités palestiniennes pendant les années Arafat, les autorités syriennes pendant les années Assad père et fils.
La conjugaison de ces limitations « externes » avec les limitations « internes » ont conduit le pays à des dizaines d'années d'affrontements et de crise quasi permanente.
C'est par ce que l'État a été bâti sur une limitation interne de sa souveraineté que les limitations externes ont pu agir en toute impunité.
Et c'est certainement à ce niveau que réside le cœur du problème.
Le régime politique libanais est en panne. Il ne fonctionne plus. Son moteur est HS !
Et le moteur de tout régime politique n'est autre que sa Constitution.
C'est parce que la Constitution de 1926 est en panne que le pays se débat désespérément dans ses problèmes et peine à faire face à la désintégration rampante de ses institutions.
C'est à ce niveau que doit se situer, à notre avis, la véritable stratégie défensive du pays.
Puisque tout a commencé avec la Constitution, la solution ne peut être trouvée que par la Constitution car non seulement elle est la norme juridique suprême à l'aune de laquelle se jauge toutes les lois du pays, mais elle est également le réceptacle de la souveraineté nationale.
Malheureusement elle a été galvaudée à un point tel que tout le monde aujourd'hui s'en prévaut à tort et à travers.
Un rappel des principes de base permettra de réduire les confusions involontaires et d'éclairer les confusions volontaires.
La souveraineté est le pouvoir des pouvoirs.
Son origine réside dans la nation, qui est l'ensemble des citoyens présents, passés et futurs, unis par une volonté profonde de vivre en commun.
La nation ne peut exercer la souveraineté directement. Elle ne peut le faire qu'indirectement à travers des représentants librement élus par le peuple et organisés dans des institutions dont l'ensemble constitue l'État.
C'est ainsi que l'État, outil par lequel le souverain, la nation ou le peuple, exerce sa souveraineté, est devenu l'État-nation, concept à la base de la majorité des démocraties modernes.
Aujourd'hui, avec le début de la décennie du centenaire du Grand Liban, les Libanais doivent choisir entre ce qui a lamentablement échoué et entre de nouveaux « redressements » constitutionnels capables de sortir le pays du sous-développement politique dans lequel il se débat.
Le « printemps arabe » en cours d'éclosion sous nos yeux doit nous pousser à faire tomber les tabous. La fierté retrouvée des Arabes doit nous pousser à trancher définitivement entre l'immobilisme mortel et l'audace salutaire.
Les redressements constitutionnels en formeront la première trame. En voici quelques-uns :
1er redressement : la nation, concept central dans l'idéologie de l'État-nation, doit reprendre sa place dans la Constitution. Elle a été sciemment remplacée par patrie, concept plus « soft » et qui rend mieux compte des réalités libanaises de l'époque. Ses seules références se retrouvent dans les articles 27 et 50 de la Constitution, le premier confirmant le mandat national des députés et le second concernant le serment du président de la République.
Une patrie est avant tout un territoire, un gouvernement et un lieu de naissance. On peut aisément appartenir à une même patrie sans faire partie de la même nation.
Aujourd'hui, les Libanais doivent « crever l'abcès » et proclamer haut et fort leur appartenance à une même nation libanaise en traduisant leur appartenance dans leur loi suprême. Et que celui qui rejette la nation libanaise le proclame sans détour et assume les conséquences de ses choix.
2e redressement : le référendum, sous prétexte de la composition confessionnelle du pays, a été complètement occulté des modes d'expression populaire. Alors qu'il constitue un des piliers des régimes démocratiques fondés sur la souveraineté nationale ou populaire. De ce fait, le référendum doit être introduit dans la vie politique libanaise comme mode d'expression direct des citoyens. Et les sujets de discorde, non communautaires, ne manquent pas.
3e redressement : les communautés-nations, qui s'étaient vu octroyés le droit de s'organiser à leur guise au sein de la République, doivent être totalement soumises à la souveraineté nationale. Les domaines réservés doivent de ce fait disparaître de la Constitution pour n'exister qu'à titre strictement facultatif.
4e redressement : pour éviter que le système démocratique ne soit régulièrement torpillé par un pacte non écrit auquel se réfère l'alinéa i du 1er chapitre de la Constitution - « pas de légitimité à toute autorité ne respectant pas le pacte de vie commune » -, le temps est venu de rédiger ce fameux pacte et d'en faire un préambule de la nouvelle Constitution.
5e redressement : l'élection du président de la République, garant de la souveraineté de la nation, ne peut plus procéder d'autre chose que de la principale source de toute souveraineté que constitue le peuple souverain.
Et ceux qui s'inquiètent du sort de la « démocratie consensuelle » et de la dictature du nombre doivent choisir entre le « sous-développement politique consensuel » et l'audace salutaire du développement et du progrès.
C'est seulement une fois que les redressements constitutionnels seront opérés que le désarmement du Hezbollah deviendra une chance historique pour le pays car il l'engagera sur la voix du recouvrement total de sa souveraineté.
Au moment où les jeunes du monde arabe prennent leur destin en main, les jeunes du Liban ne peuvent rester à l'écart du mouvement. Ils ont été les précurseurs du printemps arabe. Lors de la révolution du Cèdre en 2005, et lors de leurs éclatantes victoires morales sur les machines militaires régionales, à plusieurs reprises, ils ont montré la voie.
Enlevons-leur le barrage constitutionnel, et de nouveaux ils étonneront le monde.
Sinon, ils le feront eux-mêmes en scandant le même slogan que celui de tous les jeunes du monde arabe : « Le peule exige la chute du régime. »
À bon entendeur salut.


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