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Liban - Le Commentaire

La démocratie de l’arbitraire

La mise en place du gouvernement par les seuls soins de la majorité devient-elle admissible maintenant que les rôles se trouvent inversés entre le 8 Mars et le 14 Mars ? Peut-on renoncer à la démocratie dite consensuelle adoptée à Doha pour retrouver la démocratie tout court, dans le respect du verdict des urnes ?
Les souverainistes soulignent que leurs vis-à-vis du 8 Mars acceptent aujourd'hui, et même réclament, ce qu'ils rejetaient hier, parce qu'ils sont devenus majoritaires. Sans quoi, ils auraient continué à imposer ce prétendu partenariat qui leur permettait de contrôler le pouvoir par défaut. C'est-à-dire d'empêcher la majorité de gouverner, de prendre des décisions, tout en imposant eux-mêmes, par la menace, certains choix.
Ils se demandent si les prosyriens se seraient contentés de réagir avec mesure, comme eux-mêmes l'ont fait lors de la désignation de M. Mikati, si le président Saad Hariri avait de nouveau été désigné. N'y aurait-il pas eu un nouveau 7 Mai ? Ou, à tout le moins, un veto politique chiite, définitif, imposé à la clé par le tandem Hezbollah-Amal pour empêcher Hariri de former un gouvernement ?
Quoi qu'il en soit, il est manifeste que ce n'est pas par principe, ni par attachement à Taëf que le 8 Mars se met à parler maintenant de démocratie constitutionnelle. Son but, prendre le pouvoir, passe en effet par là. Mais c'est purement occasionnel, et il exigerait sans aucun doute le retour à la formule de Doha, dite de démocratie consensuelle, et au tiers de blocage, si les donnes numériques s'inversaient de nouveau.
Mais au bout du compte, il est clair que nul ne peut vraiment gouverner un pays composite sur une base rythmique fantaisiste, capricieuse. Tantôt ci, tantôt ça. On ne peut pas s'amuser indéfiniment à jouer à Jacques a dit. Il faut une règle de jeu, sinon le pays, quelle qu'en soit la direction, irait fatalement dans le mur et se disloquerait. Il va y avoir des législatives dans deux ans, en 2013. En cas de victoire des libanistes, les prosyriens exigeraient de nouveau de prendre part au gouvernement avec tiers de blocage. Sous prétexte que la composition confessionnelle du Liban impose le rejet du principe démocratique voulant que la majorité gouverne alors que la minorité s'oppose, au profit d'un partage forcé du pouvoir. Et, sinon, si les prosyiens devaient gagner eux-mêmes, ils dissoudraient l'entité libanaise pour en faire un satellite de l'axe d'acier Damas-Téhéran. Avec, peut-être, régime théocratique ou totalitaire. Cependant, dans le fond, cette perspective n'échappe sans doute pas à nombre d'ex-opposants et ne les enchante guère. Il y a donc lieu de voir s'il y a moyen, comme la logique le commande, d'engager un dialogue entre le 8 Mars et le 14 Mars sur un système évolué pour stabiliser le tableau institutionnel avant l'échéance de 2013. En vue d'un pacte national rénové, fondé sur le principe de la cœxistence, mais aussi de l'indispensable primauté de l'État de droit. Ce traité ne peut, dans son esprit, que s'inspirer de Taëf, mais il en corrigerait les failles, plutôt nombreuses.
Le Liban ne peut vivre éternellement sans éclater, une situation organique frappée d'une aberration totale. Du fait que l'armement se concentre chez une seule fraction, interdisant l'émergence d'un État digne de ce nom. Laissant le pays sans véritable justice, puisqu'elle a souvent peur de dire le droit, sans sécurité assurée, ni droits garantis en aucun domaine public ou privé. Car tout est soumis à la menace des armes, les urnes en premier.
Les tenants du 14 Mars répètent que c'est l'armement hors légalité qui empêche l'État de prendre son essor. C'est clair, mais il existe d'autres poisons. Le confessionnalisme mal compris, notamment. En effet, ce n'est pas seulement parce qu'elle se présente comme la seule fraction armée que la communauté chiite prend le pas sur les autres communautés. C'est aussi parce que le pouvoir de décision et de conduite y est monopolisé par le tandem Amal-Hezbollah. Alors que le leadership des autres communautés est fractionné, en tout cas bien moins homogène ou monolithique. Une différence essentielle qui fausse totalement l'équation libanaise de départ, de vivre en commun pluraliste.
Le dialogue doit donc traiter de ce double danger. D'abord, voir toutes les communautés s'armer, former de nouveau des milices, pour ne plus laisser le champ totalement libre devant l'attelage Hezbollah-Amal. Ensuite, purger leurs rangs, en quelque sorte, pour produire chacune un leadership unique, comme chez les chiites. Avec les secousses que cela impliquerait.
La mise en place du gouvernement par les seuls soins de la majorité devient-elle admissible maintenant que les rôles se trouvent inversés entre le 8 Mars et le 14 Mars ? Peut-on renoncer à la démocratie dite consensuelle adoptée à Doha pour retrouver la démocratie tout court, dans le respect du verdict des urnes ?Les souverainistes soulignent que leurs vis-à-vis du 8 Mars acceptent aujourd'hui, et même réclament, ce qu'ils rejetaient hier, parce qu'ils sont devenus majoritaires. Sans quoi, ils auraient continué à imposer ce prétendu partenariat qui leur permettait de contrôler le pouvoir par défaut. C'est-à-dire d'empêcher la majorité de gouverner, de prendre des décisions, tout en imposant eux-mêmes, par la menace, certains choix.Ils se demandent si les prosyriens se seraient contentés de réagir avec mesure,...
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