En annonçant cette décision, M. Mebazaa a proclamé « l'entrée dans une nouvelle ère (...) dans le cadre d'un système politique nouveau qui rompt définitivement et d'une manière irréversible avec le régime déchu ». Le nouveau Premier ministre Béji Caïd Essebsi a d'ailleurs accusé hier ce dernier de « haute trahison », lors de sa première conférence de presse.
La presse était en tout cas unanime pour parler de l'avènement programmé d'une « deuxième république ». « Le grand débat qui s'ouvre désormais est : va-t-on vers un système parlementaire ou un système présidentiel », juge à cet égard un diplomate. Pour de nombreux analystes, ce nouveau « meccano » institutionnel sonne en tout cas comme une victoire de nombreux secteurs politiques et de la société civile qui depuis des semaines contestaient la légitimité du pouvoir mis en place, et réclamaient une nouvelle Constitution comme préalable à la mue démocratique du pays.
Signe de l'instabilité permanente depuis la mi-janvier, le pays a déjà connu en un mois et demi deux Premiers ministres, Mohammad Ghannouchi et Béji Caïd Essebsi, et trois gouvernements. Le Premier ministre par intérim a annoncé hier la formation d'un nouveau gouvernement dans les deux jours. « Notre priorité est de restaurer le prestige de l'État (...). La priorité est la sécurité », a ajouté M. Essebsi, 84 ans.
Globalement, les partis d'opposition semblaient satisfaits tout en restant prudents. « C'est une victoire du peuple et de la révolution », a déclaré Hamma Hammami, le chef du Parti communiste ouvrier tunisien (PCOT), estimant toutefois le délai de 4 mois et demi « trop court » pour élire une Constituante.
Un des responsables du sit-in permanent de la Kasbah, le quartier gouvernemental au cœur de Tunis, Abdessalam Hidouri, a annoncé de son côté la suspension du mouvement, mais pour lui la feuille de route annoncée « ne répond pas totalement aux revendications populaires ».
Acteur important dans la chute de Ben Ali et des débuts de la transition, la puissante centrale syndicale UGTT (Union générale des travailleurs tunisiens) paraissait elle aussi rassurée : « Place au travail. Le programme est clair, il n'y a plus de flou », a déclaré son secrétaire général adjoint Ali Ben Romdhane.
Signe de changement en Tunisie, douze partis politiques ont été légalisés depuis la chute du président Ben Ali, ce qui porte leur nombre actuel à 21, a annoncé le ministère de l'Intérieur dans un communiqué publié hier par les médias locaux.
(Source : agences)


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