Or l'armement est devenu un problème. Le plus sérieux des périls. Pourquoi ? Parce que, contrairement aux engagements catégoriques pris lors de la libération en 2000, il a finalement été tourné vers l'intérieur. Le 7 Mai, à Beyrouth, dans la Montagne, au Nord et dans la Békaa. Puis à Bourj Abi Haïdar, à l'aéroport, à la clinique et, dernièrement, avec la mascarade des chemises noires, dans les rues de Beyrouth-Ouest. Pour pousser Joumblatt plus sûrement à lâcher Hariri et la majorité issue des urnes. Donc, pour compléter le putsch contre la démocratie et Taëf initié par l'astuce dite de Doha, accomplie sous la menace-chantage des armes. Il est clair que l'objectif est de mettre les équilibres, et le système composite, à bas. Pour qu'une partie domine, écrase les autres, monopolise le pouvoir, s'empare du Liban. Sous prétexte qu'une résistance ne peut réussir, compléter la libération et protéger à jamais le pays, si elle est contestée à l'intérieur.
Depuis 1992, les gouvernements successifs tentent en vain de trouver un arrangement pour donner corps à Taëf. On sait en effet que certaines de ses clauses principales, essentielles même, restent sans application. Dont la dissolution de toutes les milices, libanaises ou non, et leur désarmement. La 1559 et la 1701 des Nations unies, qui ordonnent la même chose, restent pareillement lettre morte. Le recours au comité du dialogue national n'a été que diversion et perte de temps. Car le Hezbollah a toujours refusé de discuter de la question. Et il a été ainsi le seul à ne pas remettre d'étude sur la question de la stratégie de défense, à ne pas exposer ses idées sur le sujet, comme les participants en avaient convenu. Pas question pour lui de mettre son potentiel à la disposition de l'État ni même de coordonner-coopérer avec l'armée. Dans les précédentes déclarations ministérielles, l'équation « armée-peuple-résistance » était mentionnée. Les Kataëb et les FL s'y étaient opposés. Mais le président Saad Hariri, soucieux d'apaisement, usait de l'expression. Ce qui a donné les coudées encore plus franches au Hezbollah.
Dernièrement, le conflit a rebondi à cause du TSL. Nasrallah, prié de dire pourquoi il avait initialement approuvé la création du tribunal devant le comité de dialogue, a répondu en soutenant que c'était également par esprit d'apaisement. Gommé d'un coup quand l'on a suscité l'affaire dite des faux témoins. Pour contrer le TSL et ses supporters. Comme pour rejeter tout troc éventuel entre la neutralisation commune du tribunal et la mise sous contrôle étatique de l'armement du Hezbollah. Le président Hariri a donc été mis hors-jeu. Sans doute parce qu'au bout du compte, il avait déclaré : « Le plafond du rabibochage avec le Hezbollah est fixé par la question du recours à l'armement .» En vue de desseins intérieurs.
La balle est maintenant dans le camp du président Nagib Mikati. Il lui faut voir comment traiter, avec le Hezb, la question du TSL et le problème de l'armement. Par les circonvolutions et les embrassades d'usage ? Ou avec franchise, pour une vraie solution... Si possible. La porte est étroite, mais la voie est claire. Du moins quand on reste animé d'un esprit national authentique, cultivant le principe premier de l'État de droit souverain, seul maître du territoire. Et des armes.

