Mais, pour logique qu'elle paraisse, l'équation a capoté. En effet, le 8 Mars, plus exactement le Hezbollah, assure que l'armement de la résistance est trop sacré pour faire l'objet d'un troc. Et le 14 Mars réplique que la quête de la vérité et de la justice, bien plus sacrée encore, n'est pas négociable. Les deux camps relèvent l'un que les Libanais sont divisés au sujet du TSL, et l'autre qu'ils le sont sur l'armement hors légalité.
Une nuance importante, cependant : par souci de favoriser l'entente, le 14 Mars avait renoncé à ses premières intransigeances concernant la nécessité de saisir tout armement illégal. Il avait consenti que le Hezbollah en dispose. Mais uniquement à des fins de résistance face à Israël. Et, au moins en coordination avec l'armée. L'arsenal doit donc être placé dans les régions frontalières et ne pas en bouger. Or cet armement s'est tourné à plusieurs reprises, notamment le 7 mai, contre l'intérieur, provoquant des déséquilibres politiques qui frisent, après des retournements sous la menace, le coup d'État politique masqué.
Quoi qu'il en soit, les faucons du 8 Mars réclament un cabinet monochrome où les présidents n'auraient ni ministres ni pouvoirs réels. Ils assurent que c'est le seul moyen de contrer les visées du 14 Mars. Dans cette optique, le nouveau pouvoir n'aurait en tête que de régler ses comptes avec l'ancienne majorité. Dans le cadre, principalement, des nominations ou mutations administratives et autres. Il y aurait ainsi une pleine charrette de fonctionnaires importants évincés, pour avoir trop bien servi le pouvoir sortant. Une réédition de la vindicte exercée par le cabinet qui avait succédé, naguère, à celui de Rafic Hariri.
Il est évident que ces liquidations n'iraient pas sans réactions encore plus sociales que politiques. Et le pays se retrouverait plongé dans un dangereux climat de discorde, à un moment où il a besoin de se montrer bien uni, pour parer les dangers extérieurs, menaces israéliennes en tête. On entend de la sorte le Premier ministre désigné condamner fermement la désunion que consacrerait forcément un cabinet monochrome, qualifié d'instrument « de destruction d'un Liban qui ne peut vivre que par la variété ».
Certains proposent un gouvernement politique panaché de technocrates. Dans l'espoir que ces derniers amèneraient les politiciens à mettre de l'eau dans leur vin. Mais il y a un fort risque de contradiction paralysante : les programmes techniques des technocrates seraient sapés, inévitablement, par les manœuvres politiciennes des uns ou des autres, par les luttes d'influence ou d'intérêts. Notamment quand il s'agirait des nominations : on voit mal des pôles politiques, qui tiennent en main tant de ficelles, laisser des technocrates abattre le système clientéliste de copartage des postes-clés. Pour installer the right man in the right place, une hérésie dans la fromagerie nationale.

