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Liban - Le Commentaire

Un casse-tête inquiétant : les salaires dans le secteur public

Voici mars, démarreur de l'année fiscale et dieu de la seule guerre qui compte pour les gens, la subsistance. Dans un petit pays sans vraies ressources, en attendant l'or noir maritime de M. Berry. Un pays qui n'est pas de régime socialiste au sens politico-idéologique usuel, mais où c'est l'État qui reste, et de très loin, le plus grand patron-employeur. Les profs, les militaires, les gendarmes, les juges, les hôpitaux, les fonctionnaires ordinaires, accessoirement les diplomates : des centaines de milliers de familles vivent sur les deniers publics. Et le Liban, au prix d'une dette de quelque cinquante milliards de dollars, et qui va croissant, s'est toujours fait un point d'honneur de payer rubis sur ongle le personnel à son service. Mais ce robinet, il est bien peu de rentrées en liquide pour l'alimenter.
Alors même qu'avec ou sans crise extérieure, les prix ne cessent jamais de flamber chez nous.
Aujourd'hui, tous les records sont battus de loin : les manuels d'un petit écolier coûtent facilement une centaine de dollars. Dans ces conditions, on s'attendrait à ce que le mot-clé, dans tout traitement des finances publiques, soit, comme partout ailleurs, austérité. Cependant ici c'est le contraire, on ne songe qu'à dépenser, à tort bien plus qu'à raison.
Passe encore que les députés, et les ministrables, bataillent pour des crédits de projets bénéficiant à leurs régions, à leur électorat. Mais dès que la cherté de vie commande de réviser les salaires à la hausse, les politiciens rivalisent de surenchères pour clamer que les majorations décidées pour les fonctionnaires ne suffisent pas. Pour s'en attirer les bonnes grâces, et élargir leur sphère d'influence au sein de l'administration. Surtout quand l'augmentation devrait tomber, parallèlement aux revendications des syndicats du secteur privé, dans les trois mois à venir.
Le problème que posent les majorations dans le secteur public, c'est que les capacités du Trésor restent fortement déficientes, à cause notamment de la dette publique, dont il faut couvrir les traites, et de la facture de l'électricité. Un handicap d'autant plus prononcé que l'aggravation du déficit public obère l'économie nationale, en freine la croissance et produit du chômage.
Le regretté président Rachid Karamé, qui assumait fréquemment le département des Finances, a souvent dû lutter contre ce phénomène de clientélisme exacerbé. Il lui était arrivé même, pour briser l'élan des démagogues, de poser la question de confiance à la Chambre. Le président Fouad Siniora, lui aussi grand argentier patenté, et les récents titulaires haririens, sont confrontés à la même obligation de lutte pour la protection des deniers publics.
Leur tâche est d'autant plus malaisée que la démocratie, jadis active, se trouve aujourd'hui pratiquement engloutie dans les remous de l'histoire. Plus exactement, elle ne parvient pas vraiment encore à se rétablir de la profonde léthargie dans laquelle la tutelle syrienne l'avait plongée. Et l'accord de Doha, pour apaisant qu'il soit, n'arrange pas vraiment les choses sur ce plan. D'abord, il paralyse l'État, par la double règle anticonstitutionnelle d'un panachage majorité-minorité et de l'impératif de prendre toute décision à l'amiable, sans recours au vote. Ensuite, il interdit à tout ministre de démissionner, ou de menacer de claquer la porte. En privant de cette arme de pression efficace, par cette anomalie démocratique, les responsables qui tentent de faire entendre raison aux ministres ou députés, qui veulent pressurer un Trésor exsangue. Et précipiter la débâcle socio-économique d'un pays qui n'a pas encore gommé les séquelles de juillet 2006. Alors que ses chances de redressement se trouvent affaiblies par une crise mondiale sans précédent.
Certains minoritaires inconscients vont même, quand on remet sur le tapis les revendications salariales de la CGTL, jusqu'à menacer de recourir à la rue. Et s'en prennent au pouvoir dans les médias plutôt que de l'interpeller à la Chambre, comme le voudrait la bonne règle démocratique. Ils sont rejoints dans cette campagne par des majoritaires qui craignent d'être populairement dépassés. Tout ce petit monde oubliant que l'inflation qu'entraînent forcément des majorations saignant le Trésor à mort, la flambée des prix que cela provoque risquent de ruiner encore plus les Libanais et leur pouvoir d'achat. En déclenchant une cascade de faillites et d'entreprises obligées de mettre la clé sous la porte.
Sans compter qu'une ouverture exagérée des vannes dans le secteur public ne peut que s'accompagner d'une déferlante encore plus prononcée dans le secteur privé. Ce serait la déroute totale. Comme naguère le président Siniora, les responsables loyalistes en appellent à la conscience nationale de toutes les parties intéressées. En soulignant que le gouvernement se soucie certes des droits des citoyens, mais qu'il ne faut pas aller à l'abîme. Ils invitent les députés à réfléchir posément avant de réclamer un alourdissement du fardeau économique. Pour marteler, selon le mot de l'ancien chef de gouvernement, que « les surenchères ne produisent pas du pain. » Mais seront-ils entendus ?
Voici mars, démarreur de l'année fiscale et dieu de la seule guerre qui compte pour les gens, la subsistance. Dans un petit pays sans vraies ressources, en attendant l'or noir maritime de M. Berry. Un pays qui n'est pas de régime socialiste au sens politico-idéologique usuel, mais où c'est l'État qui reste, et de très loin, le plus grand patron-employeur. Les profs, les militaires, les gendarmes, les juges, les hôpitaux, les fonctionnaires ordinaires, accessoirement les diplomates : des centaines de milliers de familles vivent sur les deniers publics. Et le Liban, au prix d'une dette de quelque cinquante milliards de dollars, et qui va croissant, s'est toujours fait un point d'honneur de payer rubis sur ongle le personnel à son service. Mais ce robinet, il est bien peu de rentrées en liquide pour l'alimenter.Alors même...
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