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Culture - Festival al-Bustan

Entre transe et poésie, sous le signe d’un éminent romantisme

Par une nuit de rageuse tempête, les mélomanes du festival al-Bustan ont bravé toutes les intempérie pour un moment faste entre les transes d'un clavier et la poésie d'un orchestre. Moment sous la grandiloquence d'un éminent romantisme avec Martina Filjak derrière les touches d'ivoire et exaltation mesurée avec Gianluca Marciano dirigeant l'orchestre de l'Opéra de Tbilissi.

C'est sous une pluie d'applaudissements que s'installe Martina Filjak sous la flaque de lumière sur la scène face à l'orchestre de l'Opéra de Tbilissi, avec maestro Gianluca Marciano, doigts levés et baguette pointée vers les archets.
Robe blanche en mousseline rehaussée de broderies argentées, cheveux châtains clairs dénoués comme une douce Ophélie, la pianiste a tout déjà pour séduire l'auditoire.
Et démarre en trombe ce tonitruant et volubile Concerto n1 en mi bémol majeur de Frantz Liszt, qui a mis dans cet opus aussi sombre et lumineux que les plus intenses pages de Paganini toutes les ardeurs, tous les excès et toutes les aspirations romantiques.
Des arpèges les plus vertigineux aux caresses les plus séraphiques, des embardées les plus éruptives aux rêveries les plus éthérées, le piano se fond dans une poésie paradoxalement ardente, enfiévrée, bachique, infernale.
Quatre mouvements (allegro maestoso, quasi adagio, allegretto vivace, allegro animato, et allegro marziale animato) se suivent d'une traite, ne laissant à l'auditeur aucun répit, comme une lave volcanique qui annexe tout sous les ramifications de ses coulées phosphorescentes et incandescentes.
Beauté d'un clavier littéralement pris d'ivresse, habité et presque possédé par des esprits rebelles et diaboliques (comment en serait-il autrement avec, pour compositeur, le plus virtuose des pianistes de tous les temps, lui qui avait offert cet opus délirant à Weimar en 1855 en se plaçant comme imbattable champion des touches d'ivoire?) pour une narration torrentielle, échevelée, entre soupirs, vision démoniaque, morsures fatales et mortelles...
Longue salve d'applaudissements d'un public tétanisé par cette chevauchée fantasque et fantastique des notes. Trois bis généreusement accordés par la jeune artiste dont un nuancé Intermezzo du versatile Schumann parfaitement dans le houleux sillage de l'indomptable inspiration romantique. Mais l'on s'arrête surtout sur ce Nocturne pour la main gauche seule de Scriabine. Démonstration de virtuosité certes (et de charme aussi), mais nul besoin pour cela, après ce remuant et explosif concerto de Liszt aux chromatismes et pics tout en pièges périlleux dont triomphe pourtant avec éclat Martina Filjak.
Petite pause et place à l'orchestre de l'Opéra de Tbilissi pour la Symphonie N 4 en mi mineur de Johan Brahms. Une œuvre grandiose sans bouder toutefois certains airs populaires. Œuvre aussi la plus écoutée du compositeur des sémillantes Danses hongroises qu'on retrouve ici dans une narration oscillant entre gravité, intense poésie et richesse harmonique d'une grande originalité où la passacaille et la chaconne, images sonores maîtresses d'un Bach détenteur des secrets du contrepoint, ont le dernier mot et creusent en force et en toute majesté les notes d'orgue.
Quatre mouvements amples (Allegro ma non troppo, andante moderato, allegro giocoso, allegro energico e passionato) pour traduire toutes les facettes d'un musicien qui a su allier, avec infiniment de doigté et de savoir-faire, un langage musical traditionaliste et novateur.
Appels des cors, tendresse des bois, houle des cordes pour des mélodies proches du cœur en attendant cet exubérant finale en apothéose. Magistral finale qui réunit une trentaine de variations pour atteindre une lumière et une architecture musicale qu'on ne trouve guère que chez le maître de Bonn... Ou peut-être chez César Franck.
Tandis que la pluie et le brouillard s'intensifient à l'extérieur, le public réserve un accueil triomphal aux musiciens. Sous les rafales répétées des applaudissements, maestro Marciano et l'ensemble des musiciens de l'orchestre de l'Opéra de Tbilissi tirent, heureux et tout sourire, leur révérence.
C'est sous une pluie d'applaudissements que s'installe Martina Filjak sous la flaque de lumière sur la scène face à l'orchestre de l'Opéra de Tbilissi, avec maestro Gianluca Marciano, doigts levés et baguette pointée vers les archets.Robe blanche en mousseline rehaussée de broderies argentées, cheveux châtains clairs dénoués comme une douce Ophélie, la pianiste a tout déjà pour...
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