Dans un entretien avec le Nahar, l'ancien ministre Ghassan Salamé, analyste réputé, observe que le Liban fait face à trois périls : une agression israélienne, une guerre civile et un effondrement du secteur bancaire. Il ajoute : « Dans le passé, notre division intérieure avait tourné à la guerre civile. Nous vivons une guerre froide aujourd'hui. Notre première préoccupation au Liban, et je m'adresse particulièrement aux chrétiens, doit donc être de voir s'atténuer le conflit au sein de la composante musulmane du pays. C'est en effet dans l'intérêt, et non contre l'intérêt, des chrétiens. De plus, il faut exercer une pression pour mettre sous étude un nouveau système politique, même s'il faut que la jeunesse se soulève à cette fin. »
Pour Salamé, après avoir pris conscience des dangers de l'heure, les Libanais doivent donc ouvrir un chantier politique constitutionnel, en vue d'un régime avancé, digne du Liban. Car, rappelle-t-il, Taëf n'a été qu'un arrangement pour sortir de la guerre, et non pas un modèle de système évolué. À preuve, la difficulté constante, organique, de former des gouvernements. Ainsi, à chaque échéance, l'on voit les parties exagérer leur importance et leur influence, ce qui rend difficiles les règlements. D'autant qu'en même temps chaque échéance est présentée comme cruciale. Le dernier travers restant que les protagonistes se tournent vers le soutien de l'étranger, à chaque épreuve. Ce qui montre bien, souligne Salamé, la faille du système.
Il y a beaucoup de vérité dans ces remarques. Il est dès lors nécessaire de se mettre en quête d'un nouveau régime constitutionnel évolué. Pour que les Libanais cessent de s'entre-déchirer à chaque échéance, en ouvrant la voie à ces immixtions qui servent l'intérêt de l'étranger aux dépens du Liban. Un ordre fondamental modifié est indispensable pour assurer la stabilité politique et économique du pays.
Pour parer aux dangers qu'évoque le Dr Salamé, il faut établir, estiment des sources économiques autant que politiques, un gouvernement qui ne se préoccupe que des problèmes, des priorités des gens. Des soucis unanimes de la population. En laissant de côté les sujets politiques qui divisent la société et suscitent la crainte d'une guerre civile. Ainsi que d'une agression israélienne et d'un écroulement du secteur bancaire.
Il appartient à toutes les fractions de réaliser la gravité de la situation actuelle et d'être à la hauteur de leurs responsabilités nationales. En cessant de considérer le Liban comme un morceau de fromage à se partager, sans rien en laisser à la population. En ignorant l'enseignement de ce que l'on peut voir aujourd'hui même dans la région, où les peuples se soulèvent.
Un cabinet de salut national
Ces événements dangereux doivent stimuler la formation, au Liban, d'un gouvernement de rassemblement mettant de côté les conflits, pour traiter les priorités socio-économiques des gens. Un gouvernement de sauvetage effectif, de salut national, inspirant confiance à l'ensemble des Libanais, qui s'intéressent moins, dans leur majorité, à qui gouverne qu'à la façon d'être gouvernés. Cela étant, il faut rester attentif à la cohésion du cabinet, gage d'efficacité et de rendement. Car une équipe qui répond aux besoins des gens est de très loin préférable à un montage regroupant tout le monde mais qui ne satisfait personne. Il va de soi que pour être sainement productif, un gouvernement doit consolider les institutions, et les pouvoirs, de l'État de droit, en surclassant les divisions confessionnelles ou politiques. Seul il peut réaliser la véritable entente nationale et conforter la paix civile. En rétablissant le règne et l'autorité d'une même loi, appliquée à tous, dans le respect de la Constitution et de l'ordre établi. Un gouvernement et un État seuls titulaires du droit de décider de la guerre et de la paix. Ainsi que de l'armement public. Tout en cultivant les meilleures relations avec les pays frères ou amis, la Syrie en tête. Dans un cadre de saine réciprocité, de respect mutuel de l'indépendance et de la souveraineté.
La priorité et l'urgence restent donc de redresser l'économie et les finances du Liban. Par un programme de développement assurant une croissance soutenue et la résurrection de la classe moyenne, dans le cadre d'un partenariat effectif entre le secteur public et le secteur privé. Afin de lutter contre le paupérisme galopant, le chômage et l'exode des cerveaux, des bras utiles ou des jeunes en quête d'un avenir mieux garanti que sur place. En attirant les capitaux et les investisseurs étrangers.


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